vendredi 19 janvier 2018

Zone à Défendre

Notre-Dame-des-Landes, EDITION SPECIALE


C'est désormais toute la nature terrestre qui est devenue une Zone à Défendre contre la confiscation des Biens Communs aux êtres vivants et la destruction des écosystèmes par la voracité sans limites d'un système fondé sur l'exploitation de l'homme par l'homme mais aussi et surtout sur la Propriété abusive des ressouces terrestres. En France, Notre Dame des Landes est la continuation (toutes proportions gardées) par des moyens différents des luttes terribles et inégales qui se jouent à mort depuis la fin du XVe siècle, du massacre des autochtones du continent américain jusqu'à l'Ukraine, l'Afrique, le Chiapas au Mexique, la Palestine et les guerres sans fin au Moyen-OrientGaël Hadey




Durée, diversité des modes d'actions, capacité de réaliser des expertises populaires et de développer des alternatives : tels sont les ingrédients d'un mouvement dont la stratégie s'est finalement révélée victorieuse, avec l'annonce de l'abandon du projet de nouvel aéroport. Retour en texte et en images sur la lutte à Notre-Dame-des-Landes.
« Une décision exceptionnelle pour une situation locale exceptionnelle. » C'est ainsi que le premier ministre Édouard Philippe a qualifié le renoncement à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ce 17 janvier. Pour le gouvernement, cette décision ne répond pas à une soudaine prise de conscience écologique : ni l'impératif climatique, ni une volonté de protection de la biodiversité ou de préservation de terres agricoles n'ont été évoqués par le Premier ministre. Elle découle d'abord du rapport de force construit depuis plus d'une décennie par les opposants à ce projet très controversé. Ce mouvement écologique et social a, lui-aussi, été exceptionnel, dans sa durée et dans sa stratégie. Basta ! revient pour vous sur ses grandes étapes et ses acteurs.
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La victoire des opposants à (l'aéroport de, NdlR) Notre-Dame-des-Landes vient ainsi s'ajouter à quelques luttes emblématiques et victorieuses des mouvements écologistes contre des grands projets industriels dont l'utilité sociale est mise en doute : celle de la mobilisation contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère), à la fin des années 70 ; celle contre des projets de nouveaux barrages sur la Loire et l'Allier, annulés en 1991 ; celle contre l'extraction de gaz de schiste qui a débouché sur un moratoire puis une loi interdisant le recours à la fracturation hydraulique en 2011 ; et enfin, celle contre le barrage de Sivens (Tarn) dont le projet a été abandonné après la mort d'un manifestant, Rémi Fraisse, tué par une grenade lancé par un gendarme en octobre 2014 (lire ici).
Nolwenn Weiler et Ivan du Roy
Lire l'histoire de cette lutte depuis 40 ans sur : Bastamag







L’aéroport de Notre-Dame des Landes est mort? Vive la ZAD!

par Maxime Combes et Nicolas Haeringer



Image  @SebaMarchal
Bien sûr, l'abandon du projet d'aéroport est une excellente nouvelle. Mais qu'il soit couplé à une évacuation (même partielle) de la ZAD n'est pas une décision acceptable.

Renoncer à construire un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes est la victoire de l'ensemble du mouvement d'opposition à l'aéroport de Notre Dame des Landes : sans ce vaste mouvement de résistance, l'aéroport aurait déjà été construit.

Cette décision n'est pas le résultat d'une conversion soudaine d'Emmanuel Macron, d'Edouard Philippe et du gouvernement à la raison climatique, environnementale, sociale et économique dans leur vision de l'aménagement du territoire. Il s'agit d'un succès historique, construit au cours d'une mobilisation de plus de 40 ans, qui est parvenue à durer parce qu'elle a tour à tour articulé, alterné ou associé recours juridiques, contre-expertise citoyenne, mobilisations de masse, solidarité avec les paysan.ne.s, les syndicats de salarié.e.s (y compris du secteur de l'aviation), occupations légales, occupations illégales, résistance, préfiguration, etc.

L'occupation de la ZAD, par ses habitant.e.s historiques et, dans la dernière phase de la lutte (après l'échec de l'opération César), par de nombreuses et nombreux soutiens "extérieur.e.s" en est un élément décisif. Il n'y a donc pas bon.n.e.s opposant.e.s, fondé.e.s à rester et des éléments « radicaux » qu'il faudrait expulser, mais un mouvement, dont la force et la capacité à s'inscrire dans la (très) longue durée réside précisément dans sa diversité.

Depuis longtemps, ce qui se joue sur la ZAD dépasse en outre largement l'opposition au projet d'aéroport. Cette lutte se distingue en effet par sa capacité à re-situer le projet dans "son monde" - un monde dans lequel le béton l'emportait jusqu'alors irrémédiablement sur les tritons. Il n'est depuis longtemps plus question d'une approche de type « pas dans mon jardin », mais d'un élargissement des perspectives, questionnant les fondements même de la décision de construire un nouvel aéroport, plutôt que de se centrer sur le seul choix du lieu.

Le gouvernement a préparé l'opinion publique, via des ficelles aussi grosses qu'éculées - mais malheureusement encore très efficaces, comme en témoignent les nombreux publi-reportages en faveur d'une intervention policière publiés dans la presse - à l'exercice de la force brutale contre la ZAD. Le déploiement de blindés, de plusieurs milliers de policier.e.s, de gendarmes (voire de l'armée), et les drames humains qu'il ne manquera pas d'entraîner de tous côtés, a besoin de ce mythe d'un "ennemi intérieur", d'un "kyste" (comme le disait alors Manuel Valls).

Ce qui se joue sur la ZAD devrait pourtant intéresser au plus haut point un gouvernement et un président de la République qui ne cessent de discourir sur l'impératif climatique. Agir face à la catastrophe qui vient implique en effet de créer de nouvelles articulations entre le local et le global - y compris au niveau des politiques publiques. Penser les causes, les conséquences et les alternatives du réchauffement climatique, de l'extinction des espèces, du mal que nous avons collectivement et historiquement fait à ce monde à partir de territoires concrets : voici, sans doute, la nouvelle frontière de la politique.

La ZAD de Notre Dame des Landes apparaît alors, dans sa beauté fragile, dans ses errements, ses bégaiements, dans ses balbutiements autant que dans ses accomplissements, dans son architecture en dentelle, dans ses ajustements permanents, comme un lieu splendide, un territoire unique, à partir duquel penser ce que signifie vivre ensemble au temps des catastrophes, à imaginer et créer des formes nouvelles d'associations entre humain.e.s et non-humain.e.s ; à revoir complètement la hiérarchie des causes et des conséquences et de trouver des manières de prendre en compte l'intégrité des êtres vivants non-doués de parole.

Les opposant.e.s au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'ont cessé de tenter d'apporter des réponses à ce défi, en recensant l'ensemble des espèces menacées par le projet, en mettant en avant le déséquilibre total du rapport de force entre béton et tritons et en créant des agencements subtiles entre les différents usages (et les différents usagers, humain.e.s comme non-humain.e.s) de la ZAD. La nature n'y apparaît plus comme un espace neutre, que des élus peuvent décider d'aménager à leur guise et qu'il est possible de reconstituer quelques kilomètres plus loin, par le truchement de la compensation biodiversité ; pas plus qu'elle n'est un élément externe que des militant.e.s peuvent défendre depuis une position surplombante - un glissement dont rend compte si superbement le slogan "nous ne défendons pas la nature, nous saommes la nature qui se défend".

Depuis la ZAD s'inventent et s'expérimentent des réponses à des questions aussi essentielles pour notre avenir commun que : comment vivre, comment penser, comme s'aimer, comment s'opposer, comment construire, comment détruire, comment rêver, comme tester, comment tâtonner, comment faire société. Bref : comment rester (ou redevenir) humain.e.s dans un monde qui s'approche de plus en plus du chaos ? Parcourir un chemin de la ZAD, se baigner dans l'un de ses étangs ou de ses lacs, y habiter, y aimer, y rêver, y cultiver un champ, est un acte fort, préfigurant ce à quoi pourrait ressembler un futur libéré de l'horizon dystopique dont nous nous approchons à grand pas.

Aujourd'hui, plus que jamais, il est donc essentiel de défendre la ZAD.

Source : Tlaxcala





Et si Notre-Dame-des-Landes devenait un bien commun ?


Par Mathilde Bouquerel pour Reporterre


Maintenant que le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été abandonné, la question du devenir de la Zad se pose. Une partie de la réponse pourrait se trouver dans la notion des communs, héritée des « communaux » du Moyen Âge.

Wikipédia est un très bon exemple de bien commun. Une encyclopédie en ligne, qui peut être enrichie, lue et contrôlée par tous. C'est ce qu'on peut appeler au sens propre un « commun », c'est-à-dire un système d'utilisation et de gestion d'une ressource matérielle ou immatérielle par un groupe de personnes toutes ensemble. Cette notion a depuis quelques années le vent en poupe, car elle apporte des solutions innovantes à des problèmes notamment environnementaux [1 ]. L'idée de bien commun date en fait du IX e siècle. Les « communaux » désignaient alors les biens (bois, chemins, rivières) appartenant à tous les habitants d'une commune. Après la révolution industrielle, ce statut juridique est devenu très marginal mais l'idée est restée et a refait surface dans les années 1990 avec les travaux de l'économiste états-unienne Elinor Ostrom. La version moderne des communs, qui ne repose plus sur la propriété mais sur l'utilisation, intéresse aujourd'hui. Et elle pourrait peut-être apporter une réponse à la question de l'avenir de Notre-Dame-des-Landes, maintenant qu'a été décidé l'abandon du projet d'aéroport.

Du côté de la Zad en tout cas, l'idée plaît car elle permettrait aux occupants arrivés dans les années 2010 et aux agriculteurs historiques de vivre ensemble. Ce qu'explique Camille [2 ], du « groupe presse ». « On a commencé à y penser dès 2012 après l'opération César, raconte-t-il. On voulait avoir un coup d'avance et commencer à réfléchir à l'après. La question était : comment permettre à la fois aux agriculteurs historiques d'exploiter leurs terres comme ils le veulent, et aux occupants de continuer à expérimenter de nouveaux modes de vie ? Pour ça, on a rédigé un texte en six points qui s'intitule "Parce qu'il n'y aura pas d'aéroport". Aujourd'hui, on expérimente des formes d'auto-organisation sur nos 70 espaces de vies et d'activités, comme le Taslu, la bibliothèque de la ZAD. » Dans ce texte, on trouve notamment ce souhait : « Que les terres redistribuées chaque année par la chambre d'agriculture pour le compte d'AGO-Vinci sous la forme de baux précaires soient prises en charge par une entité issue du mouvement de lutte qui rassemblera toutes ses composantes. Que ce soit donc le mouvement anti-aéroport et non les institutions habituelles qui détermine l'usage de ces terres. 

Un retour aux sources pour le bocage breton de Notre-Dame-des-Landes

Cette solution plaît aussi à François de Beaulieu, membre des Naturalistes en lutte, collectif qui s'intéresse à la préservation de l'écosystème fragile de ce bocage humide qu'est Notre-Dame-des-Landes. Pour lui, il s'agirait d'un retour aux sources pour le bocage breton. « La commune de Notre-Dame-des-Landes est née à la suite de privatisation de communs qui existaient depuis des centaines d'années, explique-t-il. Au départ, il s'agissait de centaines d'hectares de landes utilisées de façon collective, d'où son nom. Il s'agirait de renouer avec certaines de ces pratiques. » Cet usage commun d'une partie des terres permettrait en outre de mieux protéger la faune et la flore du bocage, selon François de Beaulieu : « À Notre-Dame-des-Landes, on est obligé de réfléchir à la fois au niveau des parcelles, car c'est une zone humide complexe, et à l'échelle globale, car c'est un espace très étendu. Avoir une vision collective est donc quelque chose de très positif. Et puis, il faut que nous partagions la connaissance de la biodiversité en France, qu'on implique les riverains dans cette démarche, pour inventer quelque chose de neuf et de passionnant. C'est l'avenir de la Zad d'être une zone expérimentale tant en matière d'agriculture que de protection de la nature. »

Thomas Dubreuil, l'un des juristes qui apportent leur aide aux opposants à l'aéroport, juge cette solution des communs « très intéressante » : « On pourrait imaginer la création d'une société civile type SCI [société civile immobilière] qui serait chargée de réguler les usages. L'État resterait propriétaire des terres tout en permettant aux occupants de les utiliser. On se rapprocherait de la distinction entre nue-propriété (posséder un bien mais ne pas avoir le droit de l'utiliser) et usufruit (avoir le droit d'utiliser un bien sans en avoir la propriété) », explique-t-il. Cette société se chargerait alors de rendre leurs parcelles aux agriculteurs historiques, expulsés par l'État pour construire l'aéroport, et de mettre le reste des terres en commun.

Il existe d'ailleurs un précédent de taille : le Larzac. En 1973, des dizaines de milliers de personnes convergèrent vers ce causse (un haut plateau) du Massif central et commencèrent à l'occuper. Ils avaient répondu à l'appel de 103 agriculteurs locaux menacés d'expulsion par un projet d'extension d'un camp d'entraînement militaire. De cette lutte issue de Mai 68 a émergé une partie du courant altermondialiste et des figures comme José Bové. Après quasiment dix ans de manifestations, de marches vers la capitale, d'actions de désobéissance civile, de grèves de la faim, etc., les paysans du Larzac et leurs soutiens obtinrent gain de cause. Les 66 expropriations furent annulées et le projet d'extension du camp fut abandonné. Certains agriculteurs eurent les moyens de récupérer leurs terres auprès de l'État mais une grande partie du terrain 6.300 hectares restait sans propriétaire particulier. En 1985, le président de la République François Mitterrand décida de céder la gestion de cet espace à une entité créée pour l'occasion, la SCTL, pour Société civile des terres du Larzac. Elle est aujourd'hui encore chargée des terres agricoles du plateau. En 2013, Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, a même renouvelé ce bail dit emphytéotique (de très longue durée) jusqu'en 2083.

« La notion de commun permet de sortir d'une pensée binaire public/privé en inventant une troisième voie »

Autre exemple, plus récent celui-là : la Coordination de protection des espaces verts et publics d'Île-de-France, ou Ceve. Cette entité, issue du rassemblement de plusieurs associations des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, est centrée sur la notion de commun, en ce qu'elle permet à la fois de préserver les quelques rares espaces de nature de la région parisienne, et de faire se rencontrer les habitants. Ginette Lemaître, Montreuilloise de 84 ans, est l'une de ses membres. Elle explique : « La notion de commun permet de sortir d'une pensée binaire public/privé en inventant une troisième voie, une troisième manière d'occuper un espace. C'est aussi une temporalité qui n'est ni celle du mandat électoral ni celle des profits privés et qui se rapproche de celle de la nature puisque les propriétaires réels sont les habitants, ceux qui font la ville et y restent sur plusieurs générations. » L'association dont Ginette fait partie à Montreuil (Seine-Saint-Denis) gère de manière commune depuis 25 ans le Terrain d'aventures, un parc de 3.200 m². Chaque jour, c'est un habitant différent qui ouvre et ferme le terrain, et chaque membre de l'association peut proposer des activités. « Il y a des concerts, des rencontres avec des botanistes, une fois on avait fait venir des moutons... Tout ça fonctionne depuis un quart de siècle sans aucune subvention. »

Possible juridiquement et concrètement, un statut de commun est-il envisagé par le gouvernement actuel ? « Je suis à peu près sûr que notre manière d'expérimenter va à l'encontre de la façon de penser d'Édouard Philippe, affirme Camille. Mais d'un autre côté, beaucoup de gens ressentent ce que l'on fait comme une source d'inspiration bien au-delà de Notre-Dame-des-Landes. Et ceux qui nous gouvernent ont compris qu'on ne bougera pas. Je ne pense pas qu'ils pensent à cette solution des communs, mais c'est à nous de continuer à la faire exister très concrètement au lendemain de l'abandon. »
Mathilde Bouquerel



Notes :
[1] Voir le dossier que Reporterre consacre au sujet.
[2] Son nom d'emprunt



Source : Reporterre


L'écologie aseptisée


"L'homme a un droit fondamental à la liberté, à l'égalité et à des conditions de vie satisfaisantes, dans un environnement dont la qualité lui permette de vivre dans la dignité et le bien-être. Il a le devoir solennel de protéger et d'améliorer l'environnement pour les générations présentes et futures".
Premier principe de la Déclaration de Stockholm, 1972



L'apparition de l'écologie vers la fin des années 1960 n'était pas seulement une réaction au cri d'alarme poussé par les scientifiques: elle correspondait aussi au rejet d'un certain matérialisme. La période de reconstruction qui a suivi la fin de la seconde guerre mondiale était terminée, l'économie mondiale avait pris un essor jamais vu dans la plupart des pays industrialisés et, surtout à l'Occident, le bien-être se généralisait. Les signes matériels en étaient l'achat de maisons, le confort dans leur installation, des appareils électro- ménagers, des voitures, autant de symboles d'un bonheur convoité. Or, une fois un certain niveau de consommation atteint, la déception était générale: le bonheur n'était pas au rendez-vous. C'était la racine de la révolte des jeunes contre la société de consommation, avec le rejet des valeurs matérielles et la revendication d'autres valeurs: meilleures relations humaines, solidarité, démocratie directe.

Dans l'éclosion de maintes idées et la confusion qui en est résultée, la valorisation des éléments de l'environnement - de la destruction de paysages, de la raréfaction de l'eau propre, de l'air pur, d'animaux et de plantes sauvages - indiquait une nouvelle direction. Mais ce nouveau mouvement ne formulait pas de projets de société précis, ne revendiquait pas de nouvelles formes de société. L'écologie n'était pas et n'est toujours pas programmatique: elle s'interroge sur la place et les fonctions des humains dans l'univers. Cette distinction nous paraît fondamentale: elle est pour une large part la source des difficultés qu'a l'écologie à s'insérer dans la vie politique, voire dans la vie quotidienne. La méconnaissance de cette nature fondamentale de l'écologie est aussi la cause de nombreuses incompréhensions et d'accusations mal fondées. Bien sûr, l'écologie ne peut pas ignorer la société des hommes. Elle en dépasse les dimensions et la considère comme un tout dans ses rapports avec l'univers: les autres êtres vivants, les processus écologiques, les grands équilibres planétaires. Mais considérer l'ensemble des êtres humains comme un tout, donc arriver au concept de l'humanité, avec toutes les responsabilités qui en découlent pour les humains, est-il contraire à l'humanisme?

On peut rappeler ici le troisième sens du terme "humanisme". C'était le phénomène historique suivant le Moyen-Age qui consistait dans la découverte d'un nouvel équilibre. Désormais l'homme était le centre de l'Univers, habitant de plein droit la Terre et non plus seulement passager misérable en attendant l'arrivée dans l'au-delà. Ce changement de notre image du monde et de la place que nous y occupons n'a pas échappé à une déviation que l'on peut considérer comme irrationnelle. Nous avons su découvrir d'autres continents sans les comprendre et en les détruisant, nous avons su établir que la Terre n'est pas le centre de l'univers et que ses dimensions sont limitées, sans en tirer les conséquences. Maintenant, le temps du monde fini étant arrivé, nous devons nous interroger sur la question de savoir dans quelle mesure nous avons fait fausse route depuis ce changement d'optique fondamentale: si nous en avons tiré les véritables enseignements en ce qui concerne notre place dans l'univers.

Abandonner la pensée anthropocentrique est-il contraire à l'humanisme? La sagesse antique, qui n'avait rien d'inhumain, bien au contraire, exigeait avant tout la connaissance de soi. Comment connaître les humains sans les situer, comment savoir qui nous sommes en nous coupant de ce qui nous entoure, et de ce qui nous fait vivre? Une réflexion approfondie sur ces problèmes fondamentaux pourrait mener, comme cela s'est produit aux 15e et 16e siècles, à un nouvel essor de notre pensée, donc à un nouvel humanisme. Cela n'est pas la moindre des fonctions de l'écologie.
Alexander Kiss, juriste international et Directeur de recherche au CNRS (France)





"Il ne peut y avoir aucune vraie paix en vivant avec quelqu'un qui a déjà déclaré la guerre, aucune paix mais une capitulation. Et même cela, comme nous voyons autour de nous, n'aboutit pas davantage à la paix mais à d'autres dégradations et exploitations. Nous sommes responsables non seulement de ce que nous faisons mais de ce que nous sommes incapables d'arrêter. Avant de pouvoir parler de paix, nous devons parler honnêtement de comment stopper par tous les moyens possibles ceux qui ont déclaré la guerre au monde et à nous. Ceux qui détruisent ne s'arrêteront pas parce que nous le demandons gentiment. Il n'y a qu'un seul langage qu'ils comprennent et tout le monde ici sait duquel il s'agit. Pourtant nous n'en parlons pas ouvertement."
Derrick Jensen, in “A Language Older Than Words” (2011).


Les nouvelles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son autodestruction programmée.Guy debord




Cyril Dion : coli-briseur de l'écologie radicale

Par Stella, Vassili, Brubru, Hala Zika, le 15 janvier 2018




En matière d'écologie, certain.es affichent sans honte leur médiocrité. Par exemple, Cyril Dion, réalisateur avec Mélanie Laurent du film Demain, mais aussi fondateur du mouvement Les Colibris et de la revue Kaizen. Profitant de sa campagne promotionnelle qui passait près de chez nous en octobre dernier, on a voulu débattre avec lui des fameux « Colibris » et de sa vision de l'écologie. Le Colibri étant peu à l'écoute des oiseaux de mauvais augures, on se contente donc de nos colonnes pour s'expliquer.


Vous avez sans doute vu (ou refusé de voir...) son film, ce chef d’œuvre dont la presse, la radio et la téloche se sont unanimement fait l'écho. Soutenu par le ministère de l'environnement, diffusé en ouverture de la COP 21, Demain a été couronné du César du meilleur documentaire en 2016 – rien que ça. Depuis, Cyril Dion est devenu le porte-voix de l'écologie libérale et moralisatrice à l'instar de Nicolas Hulot ou de Yann Arthus-Bertrand. Or, ce que ce film met en scène, c'est une vision lisse et aseptisée d'un avenir radieux dominé par les technologies vertes et les innovations sociales. Demain propose un tour du monde des solutions qui existent pour « tenter de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales que traversent nos pays ». Pour cela, sont convoqué.es rien de moins que Jeremy Rifkin, père de la troisième révolution industrielle, Pierre Rabhi, figure bienveillante d'une écologie neutralisée, Mélanie Laurent, icône haute couture en combinaison Dior et égérie de François Hollande lors de l'appel de Manille pour le climat, ou encore Emmanuel Druon, patron de Pocheco, entreprise « responsable, écologique et citoyenne », qui dirige ses équipes par la peur et les intimidations, et fait bosser une centaine de détenus sous-payés1.

Le colibri et les pigeons

 En apprenant que Cyril Dion était invité par le learning center ville durable (sic !) de Dunkerque pour « imaginer ce que pourrait être le monde de demain, et résoudre les crises écologiques et sociales grâce à des initiatives positives et concrètes » – et accessoirement, vendre son dernier bouquin – on s'est dit qu'on ne pouvait décemment pas manquer un tel événement. Porté.es par l'enthousiasme, on débarque en avance, histoire d'accueillir les fidèles venus en masse : « Bonjour, on vous offre un exemplaire de La Brique qui révèle la mascarade d'une entreprise du Nord de la France salement mise en scène dans le film Demain ! »

Quand on entre dans le bâtiment, Cyril Dion commence à peine son intervention. On se marre un peu de voir tous ces gens avec La Brique sous le coude. On est vite déçu.es et l'agacement prend bientôt le dessus. En fait, on s'attendait à une rencontre où l'on pourrait débattre avec le colibri, et on se retrouve au beau milieu d'une messe à laquelle est venue assister en masse la classe moyenne et supérieure locale, pour écouter la parole de Saint Dion, apôtre de Pierre Rahbi. Accompagné d'un pianiste, Dion annonce d'une voix suave les pires catastrophes écologiques qui nous attendent si l'humanité ne décide pas de prendre en main son destin. On croit rêver lorsqu'on l'entend parler de l'aliénation aux écrans, sujet qu'il doit bien connaître, vu le nombre de profils qu'il possède sur Instagram, Facebook, Twitter et consorts. S'il utilise ces réseaux sociaux ce n'est pas uniquement pour diffuser la bonne parole, il en profite aussi pour faire sa communication sur ses différentes publications chez Actes Sud dans la collection « Domaine du possible »... qu'il dirige, et dont l'ancienne directrice, Françoise Nyssen, est l'actuelle ministre de la culture.

 À la sortie de son film, Cyril Dion confiait vouloir toucher « ceux qui se préoccupent le moins de ces sujets ». Réveiller le ventre mou de la contestation, l'intention est louable, mais à quoi bon les réveiller pour les conduire dans une impasse ? C'est sans compter l'ambition animant Dion, qui conclut sa messe en déclarant : « l'essentiel est de raconter de belles histoires ». Pour le coup, c'est réussi. Et c'est précisément ce que constitue le film Demain et l'ensemble des publications de la collection « Domaine du possible » : un tissu de banalités disposées à nourrir la farce du capitalisme vert, et avec le sourire, positive attitude oblige! Pas étonnant que le discours trouve un tel écho chez les ministres et les industriels de la pire espèce... C'est que certaines fables ont pour talent d'endormir l'esprit critique, radical et collectif. Et alors qu'est-ce qu'on dit ? Merci Les Colibris.

 L'individualisme anti-social

 Faut dire que structurer un mouvement sur le nom d'une fable, ça sentait clairement mauvais. Et pourtant, elle est belle cette histoire. Celle d'un colibri qui, devant l'inaction des animaux d'une forêt en train de brûler, décide de faire sa part en apportant modestement de l'eau pour éteindre l'incendie. C'est plein de beaux sentiments, mais ça pose un problème : transposée à notre réalité, cette fable vous explique que la solution à la crise écologique passerait alors par une myriade d'actions individuelles censées enrayer la marche vers la catastrophe climatique. La question de l'action collective est totalement éludée. Quant aux causes de l'incendie ? Elles importent peu, le colibri ne fait pas de politique, faire sa part le dédouane d'office. Et le pire, c'est que le discours colibriesque fait un carton : le mouvement de Pierre Rahbi compterait 300 000 membres et plus d'une centaine de groupes locaux.

Cette vision individualiste et déculpabilisante permet à chacun.e de naviguer au milieu des pires systèmes d'oppression tout en se préservant une certaine pureté morale. C'est pourquoi elle est plébiscitée par le public... et sponsorisée par les pires pollueurs2. Ces derniers y trouvent de quoi laver leur honneur, détourner l'attention et faire du pognon en inventant toujours plus de services et de gadgets éco-trucs à vendre3.

 N'en déplaise aux éco-citoyen.nes, on ne rachète pas si facilement son empreinte carbone. Jean-Baptiste Comby, sociologue, rappelle dans son ouvrage4 que la pression qu'exerce un foyer sur l'environnement dépend de ses revenus et non pas de son niveau de conscience écologique. Bah oui, tous les éco-gestes mis bout à bout ne compenseront jamais la semaine de vacances passée sous les tropiques, quand bien même on la passerait dans un éco-lodge à chier dans la sciure. Selon le sociologue, cette morale écocitoyenne sert un enjeu politique qui est de « masquer les inégalités, en confortant les styles de vie les plus prédateurs et en maintenant les privilèges symboliques et moraux de la petite bourgeoisie. » En réalité les inégalités face à la pollution se creusent pour deux raisons : l'externalisation des nuisances, à l'instar des quartiers bourgeois qui se gardent les espaces verts tandis que les centres commerciaux et les usines vont en périphérie ; et la recherche toujours plus aiguisée d'un bien-être environnemental pour les plus aisé.es.

Le capitalisme aussi fait sa part

 Un quart seulement du total de l'énergie produite est utilisée par les particuliers (résidence, voiture, etc.). Pour l'eau, seulement 10 % est utilisée par les usagers domestiques et les municipalités. Le reste est consommé par les industries, les entreprises, le BTP, l'agro-industrie... Quant aux déchets, seuls 3 % proviennent des ménages. Alors comment se fait-il qu'on en soit arrivé à blâmer les individus, surtout les plus pauvres, au lieu des puissants ? Depuis leurs hélicos, Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand sont ainsi devenus les premiers hauts représentants de cette écologie inoffensive. Le conte des colibris s'enracine dans cette tradition. Depuis les années 1990, la véritable écologie politique est étouffée par des dizaines de revues, d'émissions, de films qui préfèrent vendre une écologie joyeuse, positive et rassurante où la technologie, les innovations sociales et les initiatives individuelles pourraient changer le cours des choses5.

Ce discours est une aubaine pour les capitalistes de tous bords qui voient l'écologie vidée de son potentiel radical et conflictuel. Il est d'ailleurs parfaitement exploitable par la start-up Macron ( Tu veux sauver la planète? Lance ta propre ONG !). Preuve de cette tendance colibriesque du capitalisme : Jacques Attali – une vie entière au service des puissants et de la croissance – ne se ménage pas pour sauver la planète et surtout recycler les écolos de pacotille. Son World positive forum organisé en septembre dernier pour discuter entre gens raisonnables de croissance, d'écologie et de positive attitude, a évidemment reçu la visite de Cyril Dion. Sa tribune dans Le Monde pour « accélérer la révolution positive » a reçu la signature d'Emmanuel Druon, le patron écolo de Pocheco. Et son bouquin Positive book a recueilli la parole de Pierre Rabhi. Visiblement le colibri se digère bien. Nous, on aurait clairement envie de le bouffer tandis que la conférence touche à sa fin.

 « Les grands discours, les grandes idées, ce n’est plus possible » Cyril Dion

On se motive donc à aller causer avec le colibri. Du monde attend pour faire dédicacer son bouquin. « Dites, on voulait réagir sur le fait qu'il fallait raconter des belles histoires, on voulait avoir votre réaction, parce que quand on découvre que ces belles histoires sont du flan, ou qu'elles peuvent servir à autre chose, comme à légitimer les pires méthodes dans la boite Pocheco de votre pote Emmanuel Druon ». « Euh, vous êtes de La Brique ? Ben ma réaction, je vais vous le dire, c'est que c'est pas du journalisme ». D'entrée on ne sent pas Cyril Dion super ouvert à l'échange. On le remercie quand même du compliment, mais comme son intervention nous a laissé sur notre faim, on continue avec une série de questions et de faits tirés de l'enquête sur Pocheco. Le bougre n'en démord pas, estime qu'on n'a pas de sources, et termine par lâcher : « Bon là vous me dites quelque chose que je ne peux pas vérifier... moi j'entends autre chose de l'autre côté, donc la seule chose que je peux vous proposer c'est faisons un rendez-vous et faisons une vraie discussion ouverte où tous les points de vue s'expriment ». Le truc, c'est qu'on est près de deux mois après cette brève conversation et qu'on n'a toujours pas eu de retour. On a pourtant pris soin d'envoyer un mail à Emmanuel Druon pour lui annoncer la bonne nouvelle d'une rencontre imminente. Silence radio.

En tout cas, cet échange lapidaire avec Cyril Dion nous aura assuré.es de l'écart qui nous sépare de la pensée des colibris pour qui prime la transformation de soi sur la transformation de la société. En témoigne cette analyse politique de Cyril Dion lui-même, reprise dans une enquête de Mediapart à propos du mouvement des colibris6 : « Il existe une conception de la politique héritière des mouvements et des luttes. L’échec des luttes d’hier, c’est d’avoir cru que l’on pourrait construire un système collectif qui allait marcher pour tout le monde. Ces modes de pensée nient la diversité. Chacun d’entre nous est spécifique, a un talent particulier, a besoin de trouver sa place dans le monde. Les grands discours, les grandes idées, ce n’est plus possible. Il ne s’agit pas de savoir si on est d’accord ou pas mais si ça marche ou pas ».

Reste que la question est de savoir pour qui ça marche, et pour qui ça ne marche pas... Entre nous, que des militants sincères se laissent bercer par le gazouillis des colibris, pourquoi pas, faut bien faire tourner la boutique Rabhi. Il peut être plus dangereux de faire semblant que de ne rien faire. N'oublions pas que le capitalisme ne sera jamais déstabilisé par cette écologie inoffensive puisqu'il s'en nourrit aisément en digérant tout ce qu'il touche. Alors, Cyril, il serait peut-être temps d'arrêter de brasser de l'air, qu'on puisse s'attaquer véritablement à l'origine du grand incendie.

Stella, Vassili, Brubru, Hala Zika

Notes:
  1. « Pocheco, lettre verte non recommandée », Hala Zika, Brubru, La Brique, n°51, Été 2017
  2. À titre d'exemple, la fondation créée par N. Hulot est liée dès son origine au chimiste Rhône-Poulenc puis sera rejointe par EDF, Véolia, l'Oréal, TF1... on est loin des ONG écolos.
  3. Lire chez nos valeureux confrères de La Décroissance : « Demain ou le nouvel âge de l'écologie libérale », La Décroissance, mars 2016 et « L'écocitoyenneté, une morale de petits bourgeois », La Décroissance, avril 2016.
  4. Jean-Baptiste Comby, La Question climatique. Genèse et dépolitisation d’un problème public, Raisons d’Agir, 2015.
  5. Sur la manière dont l'écologie est désormais fondue dans le capitalisme, l'individualisme et le consumérisme, on lira avec profit le livre de Aude Vidal, Egologie, écologie, individualisme et course au bonheur, Le Monde à l'envers, 2017.
  6. « Rahbi, chantre d'une écologie inoffensive ? », Jade Lindgaard, Mediapart, 20 décembre 2016.

Source : La Brique

mercredi 17 janvier 2018

Le mystère de Daech


Complices comme cul et chemise
A partir de 2012, lorsque la guerre a éclaté en Syrie, il est devenu impossible en France de s'exprimer sur cette guerre. Dès que quelqu'un voulait communiquer avec le peuple sur la question, réunir un public dans une salle pour une information réelle, les menaces pleuvaient aussitôt de toute part sur les organisateurs « terrorisés » qui annulaient les colloques ou conférences pourtant nécessaires sur le sujet. Je le sais, puisque je l'ai vécu moi-même, à la suite de la publication de mon livre sur « Le djihad et le management de la terreur ». L'État français et ses bandes de mafieux assermentés ont organisé un authentique « terrorisme » médiatique chargé de tuer la vérité, toute velléité de savoir, et toute prétention à vouloir penser librement sur cette question majeure...
Pourquoi est-il impossible de s'exprimer en France sur la situation syrienne, sur la politique étrangère de Hollande et de Macron aujourd'hui? Qui se pose cette question honnêtement?
La réponse est pourtant simple. Parce que l'État français est un vassal des États-Unis; parce que l'État français, sans l'avis de personne, a formé, encadré, ravitaillé, financé et appuyé des terroristes « djihadistes » pour massacrer le peuple syrien dans le but de renverser Bachar El Assad et de s'emparer de ce pays pour l'aligner et le forcer à entrer dans la secte atlantiste. Parce que l'État français est un authentique criminel de guerre et génocidaire qui doit comparaître devant le TPI. Voilà pourquoi il est devenu impossible de faire passer la moindre information sur ce sujet en France.
Ce mensonge triomphant est révoltant pour la conscience éveillée des personnes qui se voient ouvertement méprisées par ce Pouvoir de pervers et de criminels leur imposant sa dictature de la pensée, uniquement parce qu'il tient à garder les coudées franches pour continuer à contrôler, en les dominant, des peuples transformés en moutons bêlant au rythme de la propagande...






Le fait que l’on refuse volontairement d’admettre est que le groupe État islamique est l’outil politico militaire de l’Occident, guidé par le renseignement, et créé, entraîné, financé, conseillé et protégé par l’Occident et par l’OTAN — ce qui inclut la France. Le groupe État islamique et l’extrémisme islamique, dont Al Qaida, agissent pour le compte de l’OTAN au service des intérêts géostratégiques de l’Occident. Sous la supervision de la CIA, du MI6, du Mossad, de l’ISI pakistanais et autres, les services de renseignements de l’Occident mènent les terroristes du groupe État islamique. Le terrorisme djihadiste n’existerait pas sans le soutien de l’Occident; il a débuté à l’époque de la guerre froide, s’est poursuivi durant le conflit des Balkans, a explosé avec les événements du 11 septembre et la « guerre au terrorisme », et continue de métastaser avec la prétendue guerre contre le groupe État islamique, qui n’est que la poursuite, sous un autre nom, de la même guerre criminelle de tromperie entièrement orchestrée. En définitive, l’Occident et ses architectes de guerre portent la responsabilité de tous les actes de terrorisme perpétrés par leurs propres troupes de choc terroristes.Larry Chin




Le calife autoproclamé al-Baghdadi

L’Occident et le spectre de Daesh


Par Karim Mohsen

Vaincu militairement en Irak et en Syrie, le groupe terroriste Daesh est cependant loin d’avoir été terrassé. Sa tentative de s’implanter au Moyen-Orient ayant échoué, ledit « Etat islamique » est naturellement revenu à ce qui le caractérise le mieux : la lâcheté, l’assassinat et les attentats-suicides. Toutefois, ébranlé mais non décimé, le groupe terroriste reste nuisible et c’est cela qui fait peur à ses maîtres à penser occidentaux qui n’ont pas le contrôle de la multitude d’activistes qui s’en inspirent ou reprennent à leur compte ce que Daesh n’a pu accomplir. Or, Daesh, peut autant s’appeler Al Qaïda, Shebab, Taliban ou Boko Haram dont, à peu de chose près, l’objectif principal et stratégique demeure le maintien d’un niveau de tension perpétuelle empêchant le développement économique et social dans des régions (bien) ciblées des mondes arabe, asiatique et africain qui – un hasard ? – se trouvent être tous musulmans.

Ces dernières semaines, singulièrement depuis la chute de Daesh en Syrie et en Irak, analystes et observateurs occidentaux, s’inquiètent de ses retombées en Europe et aux Etats-Unis. Outre la disparition du noyau dirigeant qui canalisait les opérations terroristes, c’est notamment le retour des djihadistes occidentaux partis combattre en Irak et en Syrie qui déprime les Européens. En fait, depuis 1979-1980, création et formation des phalanges d’Al Qaïda par les services de renseignement états-uniens (CIA), financées par l’Arabie saoudite et dirigées par le Saoudien Oussama ben Laden, le terrorisme, du moins sous sa forme la plus accomplie, sert uniquement les intérêts de ses créateurs occidentaux. Certes, ces zombies ruent parfois dans les brancards en s’en prenant à leurs géniteurs, mais pour vite rentrer dans les rangs.

Depuis près de quatre décennies la mouvance djihadiste a été entretenue pour des buts précis de déstabilisation de certains pays. De fait, ces groupes djihadistes sont interchangeables, qu’ils s’appellent Al Qaïda ou Daesh, dès lors qu’ils accomplissent ce pourquoi ils ont été créés. Rien n’indique que demain, les laboratoires ès-terrorisme occidentaux, ne préparent pas l’avènement d’une nouvelle hydre plus mortifère.

Notons cette particularité qui fait que depuis l’avènement du terrorisme à grande échelle – et sa manipulation par les puissances occidentales – nombre de pays dans le monde en ont plus ou moins souffert, sauf Israël. Curieux, mais le fait est là ! Voulant savoir si Daesh va se battre pour « libérer » la Palestine, l’autoproclamé calife dudit « Etat islamique » Abou Bakr al-Baghdadi asséna : « Il n’est écrit nulle part dans le Coran, qu’il fallait sauver la Palestine. » Dit autrement, il n’était pas là pour combattre Israël. En fait, l’objectif assigné à Daesh est circonstancié et circonscrit aux seuls Etats arabes avec le résultat que l’on connaît. L’Irak et la Syrie détruits ont été ramenés un siècle en arrière. D’autres pays arabes sont sous la menace. En démonstration en juin 2014, l’armée d’invasion de Daesh avec chars et blindés, drapeau noir au vent, à mis à feu et à sang Mossoul. Ainsi, Daesh disposait d’une armée professionnelle – évaluée en 2014 à quelque 30 000 personnes – surgie du néant, qui en quelques heures occupa le tiers d’un pays aussi vaste que l’Irak. Qui peut gommer l’autre armée de mercenaires – estimée par le Pentagone à 70 000 individus issus de près de 80 pays – venus combattre, aux côtés des rebelles [eux-mêmes formés et armés par l’Occident et fiancés par Riyadh], sous la bannière de l’« islamisme » le gouvernement laïc syrien ? A ce propos, il est étonnant de relever que ce sont les deux seuls pays arabes, officiellement laïcs, qui ont été attaqués et détruits. Il est évident que tout n’a pas été dit sur cette apparition subite et ordonnée du terrorisme dans une région qui en était exonérée auparavant.

Autre mystère, celui qui entoure le calife autoproclamé al-Baghdadi identifié dans la personne de Hocine al-Badri, surgi soudain du néant après une rencontre, dans la ville syrienne de Deir Ezzor en mai 2013, avec le sénateur états-unien, John McCain. Un an plus tard (juin 2014), il proclame depuis Mossoul la création du califat. Ce califat s’en prit avant toute chose aux musulmans et aux pays musulmans. Or, avec le retour des terroristes, la donne a changé, l’Occident étant plus soucieux de ce qu’il va faire de ses enfants perdus revenus des « croisades » en Syrie et en Irak, qui menacent sa propre sécurité.

C’est cela le spectre de Daesh, qui hante un Occident toujours prêt à renouveler l’expérience dès lors qu’elle lui permet d’accentuer sa domination sur des pays (notamment arabes) maintenus dans l’ornière du sous-développement. L’impérialisme ne guerroie plus sur le terrain, il forme des supplétifs pour ça. Al Qaïda, Daesh sont de fait, les vampires que l’Occident brandit à la face des pays qui ne savent pas ou ne veulent pas rentrer dans les rangs !
Karim Mohsen,19 décembre 2017



Source : L'Expression


mardi 16 janvier 2018

L'ode à la merde

de Victor Hugo




Après la déclaration “présumée”(voir en fin d'article) du président US “E-trump” 1er” à propos des trous à merde que sont Haïti, le Salvador et l'Afrique, voici un poème de Victor Hugo pas piqué des mouches à merde, avec en lien la digne réaction salutaire autant qu'excessive (à lire de préférence sur le siège merdique des toilettes) de Erno Renoncourt que je considère comme le plus lucide, le plus perspicace et le plus enragé des chroniqueur concernant la situation merdique en Ayti. André Chenet 





L'Ode à la merde
  
Lorsqu’après un repas l’estomac vous tiraille, 
Que tout au fond de vous le haricot travaille… 
Qu’il est doux de penser que bientôt, pas très loin, 
Vous courrez prestement pour chier dans un coin. 
Qu’on est bien, accroupi, les coudes sur les cuisses, 
Tandis qu’environné d’une troupe de Suisses 
On exhibe au grand air l’hémisphère dodu 
Qui cache encore aux yeux le chef-d’œuvre attendu. 
Ami ! Il est, dit-on, un art en toute chose, 
Aussi bien à chier qu’à cultiver les roses. 
Or donc, pour opérer avec discernement, 
Gardez-vous qu’un papier ne vienne absurdement 
Lorsque l’œuvre est parfaite, écraser l’accessoire. 
Tss ! Tss ! Pas de papier si vous voulez m’en croire, 
Laissez aux constipés ce procédé piteux 
Qui gâche absolument un plaisir si juteux, 
Que le bout de l’index, seul, fasse cet office. 
Quand il aura touché trois fois votre orifice 
Qui vient de s’entrouvrir comme une tendre fleur, 
Il teindra votre doigt d’une étrange couleur. 
Ami, si vous voulez encor goûter des charmes, 
Sur la blanche muraille, esquissez quelques larmes. 
Et si, par aventure, abondant est l’extrait, 
De celle que vous aimez vous ferez le portrait. 

Victor Hugo




Remerciements au journal “Le Grand Soir” pour sa sagacité et son engagement international sans failles. 
Illustration : “Shithole president” par Rice Araujo (Brésil).



Un cri merdique pour dire la colère venant d’un trou à rats

Par Erno Renoncourt

Voici un cri merdique que je partage avec vous en ce dimanche 14 janvier 2018, pour laisser retentir ma colère et mon indignation d’habiter un trou à rats. Quoi qu’il laisse présager comme tonalité merdique, Il n’a pas pour autant la prétention de répondre à la polémique créée par les propos du génie insulteur qui, laissant échapper sa furie, a qualifié Haïti, le Salvador et l’Afrique de trou de merde. Ma démarche se veut pédagogique. Qu'importe que le génie insulteur ait raison ou tort, il n’en faut pas moins contextualiser son discours, pour assumer la part de vérité qu’il contient. Il s’agit aussi de s'en inspirer pour nous réapproprier notre dignité effritée par notre passivité et nos complicités, pour nous reprendre en mains et nous projeter dans l'avenir par d’intelligentes résolutions pour surprendre ceux et celles qui nous chient dessus, mais aussi ceux et celles qui nous pissent dessus en nous faisant croire que c’est de l’eau bénite tout en se gavant à l’envi de nos ressources merdiques. Forcément, ce statut de trou de merde, attribué à tort ou reconnu à raison à Haïti, résonne comme un écho de bilan. Et tout bilan se structure en termes de passif et d’actif. En termes de ceux qui subissent la merde et de ceux qui s'en gavent. Voilà donc le cri que je porte à vos oreilles en ce dimanche après-midi. Je le qualifie de merdique , car il vient d’un citoyen qui habite un trou de merde, qui en a marre de respirer la merde qu’on lui impose et qui veut s’en débarrasser sans avoir des envies d’ailleurs. Et comme disait l’autre Victor Hugo, celui qui s’est racheté d’avoir craché aussi à un moment sur les noirs, « c’est l’enfer des uns qui nourrit, structure et colore le paradis des autres ». Ce qui invite à se demander ce que serait la vermine qui se nourrit de la pourriture sans les ordures ? Mille excuses pour les relents merdiques qui retentiront dans le texte sous le lien ci-dessous et bonne lecture malgré tout.

De la franchise de Trump à l’hypocrisie des autres, un même discours merdique

Je vous préviens que mon cri sera merdique, puisque j’habite un pays qui dégage des relents de merde à force d’être gouverné par des officiels de merde, sélectionnés par des observateurs de merde, lors des élections de merde, dirigées par des conseillers électoraux de merde, financées et supervisées par des agences de merde exécutant les directives merdiques émises par un certain COREGROUP agissant dans l’intérêt de quelques puissances qui ont établi leur richesse en transformant en une vaste merde le destin de nombreux peuples.

Oui, en ce weekend de merde, je viens vous parler de merde. Comprenez ma colère merdique après deux nuits d’insomnie que j’ai dû passer dans l’obscurité à écouter des protestants hurler dans leur jeûne de nuit des prières et des chants de merde. Pourtant, ce sont les mêmes qui acceptent, passivement, que des officiels de merde pourrissent leur vie de merde à coups d’incivilités sonores dans les rues et d’irresponsabilités dans leur fonction. Il y a deux jours, c’était le 12 janvier. Cela ramenait forcément à la mémoire le souvenir d’une journée de merde.

Huit ans après, la merde est encore palpable. Il suffit de regarder les deux rangées de bloc devant lesquelles se prosternent dans leur indignité officielle les merdes qui décident de notre avenir. La merde est aussi dans le bilan des milliards récoltés au nom d’Haïti après le séisme et qui ont été gérés « adroitement » par Bill, le grand magicien blanc. En sa qualité d’ancien président des EU qui a dû prendre, lors de ses deux mandats, des décisions ayant contribué à faire d’Haïti ce trou de merde, il était venu parachever l’œuvre, dans l’intérêt des pays donateurs. Il a tant et si bien fait, que de ces milliards, Haïti n’a vu que de la fumée de merde.

Et c’est la veille de cette journée ponctuée de souvenirs de merde que le président de cette puissance impérialiste de merde a choisi de nous rappeler notre statut de merde en questionnant, légitimement, l’immigration venant des pays de merde dont Haïti, le Salvador et l’Afrique. Mais qu’on se le dise, il ne s’agit pas pour moi de répondre à la franchise merdique de Trump, mais de s’en inspirer pour comprendre, pour assumer, pour questionner et agir dignement et collectivement.

Et merde, qu’importe que le type ait raison ou tort, il n’en faut pas moins contextualiser son discours, assumer la part de vérité qu’il contient, s’en inspirer pour nous réapproprier notre dignité effritée, nous reprendre en mains et nous projeter dans l’avenir par d’intelligentes résolutions pour surprendre ceux et celles qui nous pissent et nous chient dessus en nous faisant croire que c’est de l’eau de pluie. Forcément, ce statut de trou de merde attribué ou reconnu à Haïti, résonne comme un écho de bilan. Et tout bilan se structure en termes de passif et d’actif. En termes de ceux qui subissent la merde et de ceux qui s’en gavent.
Mais au vrai, il faut reconnaitre que le locataire de la maison blanche, fait montre d’une grande franchise, quoique merdique. D’ailleurs, il ne fait que dire la merde que les autres dessinent, distillent, structurent et répandent dans le silence ou l’imposture des déclarations empreintes de fausse amitié et de fausse humanité. Oui, tous ces autres qui font mine de s’indigner, hypocritement, de la franchise merdique de Trump, ont participé autant à creuser et à remplir de merde ce trou à rats qu’est Haïti. D’ailleurs les gros rats, qui rongent, creusent et déversent leur merde dans ce trou qu’est Haïti, ont leur relais établi dans les grandes capitales nord-américaines et européennes. Ainsi, si Trump agit en génie insulteur, ces autres n’en sont pas moins les génies concepteurs (ou malfaiteurs) de la merde que laisse exhaler Haïti.

Au vrai, n’est-ce pas l’ONU qui a déversé la merde de ses soldats dans nos rivières, nous apportant MINUSTAH et choléra ? Que de fois les démocrates étasuniens ont déversé sur Haïti leur merde sous la férule des Clinton ? Eux qui nous avaient imposé un embargo en 1991 ayant davantage contribué à enrichir les rats qui leur servent d’alliés en Haïti ; eux qui ont géré, les fonds de la reconstruction du pays dans l’intérêt des rats locaux et internationaux qui étaient dans le cercle de leur nid et en ont profité pour imposer à Haïti, comme éboueurs professionnels, des élections de merde en 2011 afin de servir leurs intérêts. Et de l’autre bord, que de fois les républicains nous ont aussi servi leur merde par coups d’état ou autres indigents interposés ? De Reagan à Bush, l’Amérique ne s’est-elle pas vantée que les militaires au pouvoir en Haïti, à l’époque, étaient des merdes, mais qu’ils en étaient fiers, car c’était les leur. Et que de merdes l’exécutif français nous a fait subir par le passé alors que son ambassadeur en Haïti dénonce les propos de Trump ? Oui, ce pays qui revendique dans l’imposture la plus totale le statut du pays des droits de l’homme, semble oublier qu’il nous a souventes fois inondé de sa merde, notamment par l’inhumanité de l’esclavage, par l’exigence du paiement de la dette de l’indépendance et par le financement en 20004 du boycott des célébrations du bicentenaire. Voilà pour l’histoire et les faits de merde qu’elle regorge.

Ô merde de merde, quelle éclatante merde que la merde en fête !

Soyez clément face à mon langage merdique de ce weekend. Au vrai, vivant dans un pays de merde où la vie est carrément merdique, à force de recevoir des services privés et publics qui sont en tout point merdiques, je ne peux échapper à la merde. Elle s’impose à moi et à tous. Elle s’entasse et pullule dans nos rues, sous les pieds des officiels. Elle glisse et adhère aux pneus des voitures de luxe. Elle s’édite dans nos médias et est présente dans nos vies. Le pire est qu’elle ne suscite aucune colère, aucune indignation collective. Elle nous sert de réussite et même qu’il nous arrive de la célébrer à la folie par les livres, par la bière, par l’artisanat, par la musique et aussi par les fatras.

Déjà, la fine fleur de nos artistes de merde se bousculent au ministère de la culture de merde pour recevoir leurs subventions carnavalesques. Leurs meringues et leur costume de merde sont déjà fins prêts pour cette célébration de merde qui rassemble toutes les catégories sociales, par-delà leur différence fondamentale qui rend improbable tout projet national, dans l’unité de l’indifférence face à la merde. Et le peuple dans son indigence se prépare déjà pour ce premier dimanche pré-carnavalesque. Et pendant toute une saison jusqu’au mercredi des cendres, ce sera des nuits d’allégresse aux échos merdiques, malgré la vie chère, malgré les ordures, malgré les gabegies administratives, malgré la corruption et le rapport de PetroCaribe, malgré la merde qui sert de décor à nos succès. Il est même bruit qu’un sénateur de merde, musicien et artiste de merde dans sa précédente vie, aurait déjà fredonné le refrain de sa meringue carnavalesque qui dénonce la corruption qu’il cautionne et dont il se gave à coup de subventions.

Ainsi, rance et puante, s’écoule la vie au pays où la merde fait la loi, danse et fait la fête perpétuellement. Donc, vous comprenez que des vagues merdiques puissent me submerger en ce week-end de merde, où déjà toutes les artères des rues conduisant au champ de mars sont déjà bloquées par des chars qui n’attendent que les indigents pour démarrer leur défilé de merde. En attendant, même la revue de presse de ce dimanche est merdique par la paresse merdique des journalistes qui usent de formules creuses peuplées d’ellipses et abusent des techniques merdiques de copier-coller pour aller jusqu’à reproduire un hémicycle pour décrire le parlement haïtien.

Vous reconnaitrez volontiers une certaine technique rédactionnelle merdiatique qui consiste à écrire pour ne rien dire. Et quand cela vient d’un quotidien centenaire, les mauvaises langues, dira-t-on merdiques, n’hésitent plus à parler de dégénérescence éditoriale, car plus de cent ans à défendre un statu quo merdique, ça prend forcément un coup de merde. Ne soyez pas donc étonnés, si demain, ou bientôt, on nous sert la promotion de la merde en folie.

Services de merde et ambiance de merde

Et comme si ce plein de merde n’était pas suffisant, il a fallu que, dans mon quartier, un poteau vermoulu, suspendu à un arbre, et servant, en toute innovation, à transporter les sources de la technologie et de la performance que sont l’électricité et l’internet en mode 4G, se détache de son support, qui n’était autre qu’un manguier défeuillé, pour s’affaisser comme une merde en pleine rue.

Ah, qu’elles sont merdiques, ces nuits, déjà trois, sans électricité et ces jours où la 4 G des fournisseurs internet rame, rampe et mine nos activités au lieu de les stimuler ! Et, malgré tout cela, il y en a qui dans leurs rêves merdiques ne cessent de parler d’innovation technologique et d’un Haïti émergent à l’horizon 2030. Pourtant, la merde nous inonde de partout et semble, au vrai, nous submerger au lieu de nous faire émerger.

Si certains, comme moi se plaignent de ce trop-plein de merde, la vie ne peut cependant s’arrêter ; il faut que d’autres s’amusent. Et là encore, qu’elle est merdique l’ambiance des fonctionnaires et des jouisseurs de la république qui, après une journée à ne rien foutre, dans leur service public ou privé, s’agglutinent au champ de mars où ailleurs, pour s’enivrer de bière, se goinfrer de poulets de merde rôtis dans des feux de merde et aller finir la nuit, en s’encanaillant, avec des filles qui essaient de sortir de la merde en vendant leur corps à l’arrière de quelques véhicules, tout type d’immatriculation confondue, dissimulés dans les coins sombres de quelques ruelles désertes ! Une vraie ambiance de merde où pullulent des hôtels à ciel ouvert.

Ah, qu’ils sont longs ces soirs de merde qui débouchent sur des jours de merde où un peuple passe le plus sombre (aucune clarté n’étant possible dans la merde) de son temps à prier ou à merder sans nulle autre activité que d’attendre la nuit pour rêver d’autres ailleurs moins merdiques afin d’échapper à la merde quotidienne.

Mais que de merdes pour ce peuple dirigé par des merdes !

Mais merde de merde, que de merde à la fois pour un peuple devenu résilient et condamné, par la force des différentes occupations, militaire et religieuse, à prier un Dieu de merde inventé par ceux-là même qui l’a humilié, privé de liberté, spolié, déshumanisé et dépecé au fil du temps et à travers l’histoire. Merde de merde, quel avenir de merde pour cette jeunesse de merde qui ne rêve que de visas et de résidence pour d’autres ailleurs alors même qu’elle s’obstine merdiquement à applaudir frénétiquement un trou du cul, pur extrait de merde, qui crache sur sa dignité et son humanité !

Quel autre peuple que celui habitant un trou de merde peut accepter que parmi ses présidents, anciens ou présents, ne figurent que des voleurs, tueurs, bluffeurs, des radoteurs, des délinquants, des cocaïnomanes, des inculpés et des trafiquants ?
Quel autre peuple accepterait de survivre à la merde en ne rêvant que d’aller vivre ou de faire des enfants sous d’autres cieux plutôt que de lutter dignement pour s’offrir un autre destin que celui programmé par les experts de merde ?

Quel autre peuple que celui habitant un trou de merde accepterait que tous les 5 ans les éboueurs de la communauté internationale, de l’USAID, du PNUD et de l’Union Européenne viennent trier dans les chiottes, qui servent de partis politiques, avec l’appui des portefaix locaux de la société civile et le relais merdiatique des éditocrates subventionnés et autocensurés, la merde qui ressemble le plus à leurs intérêts et qui sera désignée président de merde ?

De la merde à revendre : En veux-tu ? En voilà !

Par ce cri de merde, j’invite mes compatriotes haïtiens à assumer notre destin de merde, à défaut, il nous reste encore la possibilité de nous armer de courage pour lutter afin de nettoyer la merde qui nous sert de décor dans nos rues, dans nos vies et dans nos institutions. Si par malheur, l’intelligence de merde de certains les empêche de reconnaître que nous renvoyons par notre passivité et/ou notre complicité l’image d’un peuple de merde, alors je me fais un devoir de leur servir d’éclaireur pour leur montrer les effluves de nos merdes.

Comment peut-on ne pas être perçu pour un trou de merde quand chaque jour quelque 500 de nos jeunes quittent le sol national à destination du Brésil, du Chili et d’autres cieux moins merdiques ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand, hier encore, nous revendiquions que les meilleurs et les plus intelligents d’entre nous ont quitté à Haïti ?

Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand nous acceptons sans révolte que des cocaïnomanes, des inculpés, des trafiquants, des présumés assassins et des corrompus soient nos dirigeants ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand nous nous contentons d’évoquer nos plages, nos diplômes, nos cartes de résidence ou nos biens, souvent mal acquis, comme signes d’une certaine réussite alors que tout autour de nous est échec et pourriture ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand nous acceptons de vivre au coude à coude avec les ordures ménagères ou humaines en laissant l’illusion d’être dans la normalité et en vivant de célébration en célébration, dans la plus grande superficialité, sans nous préoccuper de notre environnement et des fondamentaux qui structurent nos rapports à la vie ? Comment ne pas être perçu pour un pays de merde quand les hommes de loi refusent de dire le mot du droit et de rendre la justice, mais préfèrent se mettre adroitement au service des corrupteurs, des corrompus, des contrebandiers et des hors la loi ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand ceux qui prétendent détenir le savoir préfèrent s’humilier ou briller de malignité pour sauvegarder un poste, un privilège au lieu de mettre leur prétendue intelligence au service de la dignité et dans l’intérêt de la collectivité ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand nos entrepreneurs nous offrent pleins de produits et de services de merde sans que nous ayons nul recours pour les poursuivre ? Comment ne pas être perçu pour un trou de merde quand le peuple dans sa majorité, renonçant à toute dignité, préfère la fuite, l’oubli, le déni, la résignation et les ivresses carnavalesques aux engagements citoyens ?

Haïti : l’indigence en fête dans un trou de merde !

Si vous pensez que mon cri de colère allait être une contestation de la franchise merdique de Trump, vous vous êtes trompé. Malgré ma colère, je reste lucide ; alors, ne comptez pas sur moi pour dire qu’Haïti n’est pas un trou de merde. Nous devons assumer notre part de responsabilité dans l’éclosion et l’entretien de cette merde qui nous submerge pour être crédible dans la dénonciation de ses promoteurs et de ses concepteurs.

Cette merde qui s’étale sous nos yeux est notre œuvre. En 214 ans d’indépendance, presque tous les dirigeants haïtiens présentent, à quelque indigence près, le même profil merdique. Si cela dure si longtemps et se répète si fréquemment, à travers l’histoire et le temps, et cela sans répression systématique et permanente, c’est parce qu’il est conforme à une vision et à une certaine cohésion sociale. Sinon nous l’aurions changé. D’ailleurs, il est reconnu que " le pouvoir d’un état repose entièrement sur le consentement et la coopération de la population. Car, à l’instant où la population refuse d’obéir, l’état n’a plus aucun pouvoir ". De ce point de vue, il ne peut y avoir d’état indigent, sans un peuple indigent. Il ne peut y avoir de dirigeants de merde, sans des citoyens de merde. Il ne peut y avoir d’état failli sans un peuple déchu de sa dignité. Et l’évidence de cette indigence collective s’avère encore plus éclatante si l’on accepte le postulat de Montesquieu qui veut que les gouvernements reflètent la culture et les valeurs de leur peuple.

Et si cet argument d’autorité ne vous suffit pas pour accepter l’évidence du statut de trou de merde d’Haïti qui renvoie à mon concept de l’indigence en fête, je vais vous le prouver à partir du contexte même créé par les propos « pays de merde » de Donald Trump.

Regardez, pour une déclaration en partie vraie, même si scandaleuse, combien la pression est grande sur le président des États-Unis. Bousculé et contraint par une opinion publique exigeante, il a été obligé de faire un tweet pour démentir avoir tenu le propos dans les termes rapportés. Dans son camp politique, on ne le ménage pas. Chez les démocrates, on ravive les braises qui couvent déjà sous son fauteuil. Il est fragilisé et toute étincelle supplémentaire, ajoutée aux feux déjà brûlants, peut faire exploser son mandat.

A l’inverse, en Haïti, pour lequel s’exerce, en partie, cette pression énorme sur le mandat de Trump :

Nous avons accepté que notre président soit un inculpé. Nous avons défendu un sénateur trafiquant de drogue. Nous avons accepté l’indigence d’un président toxicomane revendiquant la délinquance comme vertu. Des universitaires ont accepté, pour conserver leur poste, de se prêter à des jeux immondes en conseil de gouvernement. L’opinion publique haïtienne ne s’émeut point des innombrables scandales de corruption qui ponctuent la vie publique et tout le monde ou presque se moque que l’argent de PetroCaribe ait été dilapidé. Nous avons accepté que le président inculpé nomme à un poste officiel une personnalité recherchée par la justice. Notre jeunesse applaudit un ancien président qui déverse ses insultes sur les femmes et les journalistes à travers une femme journaliste qui a commis le crime de s’être opposée à lui. Et plus grave encore, alors que récemment l’actuel président inculpé avoue avoir nommé des juges corrompus, l’ex président délinquant confie en public l’utilisation faite par l’argent détourné sur son gouvernement.

Et que fait le peuple haïtien ? Que font nos médias ? Que font nos artistes ? Que font nos intellectuels ? Que fait notre société civile ? Nous nous préparons pour le carnaval. Pardonnez mon cri de merde, mais quelle merde plus puante que cette réaction d’un peuple !

Haïti : un trou de merde par la splendeur merdique de ses dirigeants et de ses élites

Ceci dit, tout en reconnaissant la contribution locale à l’éclosion et à l’entretien de ce trou à rats qu’est Haïti, je ne m’interdirai pas pour autant de dire que si Haïti dégage de telles effluves de merde, c’est aussi par l’efficacité des éboueurs d’une partie de la communauté internationale et notamment de l’ambassade des Etats-Unis en Haïti, de quelques officiels américains, de quelques agences et ONG américaines qui exécutent une stratégie merdique consistant à mettre en avant et en premier plan les ordures humaines haïtiennes pour attirer les charognards afin de mieux dépecer Haïti.

Donc, même si la passivité de la population et la complicité des classes moyennes d’Haïti contribuent à entretenir et à structurer ce pays en une certaine merde, Haïti ne serait pas cependant ce trou à rats si des éboueurs professionnels d’une partie de la communauté internationale n’œuvraient pas à exhumer la merde pour l’exposer et s’en gaver avec leurs alliés haïtiens ou ceux qui y sont en transit. Il faut que la franchise, toute merdique qu’elle puisse être, soit assumée proportionnellement. Dans un bilan merdique, il y a les termes du passif et ceux de l’actif. Si le passif de ce bilan merdique est haïtien par la misère et les échecs qui sont flagrants, l’actif de ce bilan, par ses richesses, ses privilèges, ses attributs officiels, ses subventions, ses exonérations, ses impensés, son immunité, est bien au bénéfice de la communauté internationale et de ses alliés et protégés.

Et en faisant confiance à l’histoire, on peut rappeler entre autres que les réserves d’or de la banque d’Haïti ont été emportées par les Étasuniens le 17 décembre 1914, et ce serait encore une histoire d’or qui serait à la base des élections de merde de 2010, de 2015 et de 2016. Une façon de rappeler que c’est à partir de la merde extraite de ce trou à rats qu’est Haïti que bien des fortunes étrangères ont été construites. Donc, en admettant qu’Haïti regorge d’ordures par le fait d’être un trou de merde, on peut légitimement se questionner sur le statut de ceux et celles, d’ici et d’ailleurs, qui ont réussi et qui continuent de réussir, à partir d’une telle indigence. A l’évidence, on admettra que seule la pourriture peut progresser sous les ordures dans un trou de merde.

En conséquence, le statut de trou de merde d’Haïti ne vaut aussi que par la splendeur merdique de ceux et de celles qui réussissent en Haïti notamment par le puissant soutien des officiels américains. Ainsi, en aucun cas le peuple digne d’Haïti ne saurait se sentir froissé par la franchise merdique de Donald Trump qui a l’avantage de nous rappeler qu’il est peut-être temps pour Haïti de se reprendre en mains et d’assumer son destin loin de l’expertise des éboueurs qui se gavent de sa merde pour entretenir ses troupeaux d’indigents.

Donc, si vous en avez assez de la merde que l’on vous sert sur Haïti, joignez votre voix à ce cri pour dire une grande MERDE à ces MERDES qui gouvernent Haïti et qui font de ce pays un trou de merde au bénéfice des MERDES des groupes économiques haïtiens et étrangers, avec le soutien des MERDES de la communauté internationale.

Erno Renoncourt, le 13 janvier 2018

Citoyen haïtien vivant dans un trou de merde qui en a marre de respirer la merde et veut s’en débarrasser sans avoir envie d’aller vivre ailleurs
Source : Le Grand Soir
Remerciements au journal “Le Grand Soir” pour sa sagacité et son engagement international sans failles. 

Réponse de Donald Trump aux accusations lancées contre lui à propos de la déclaration ignoble qu'il aurait faite selon laquelle Haïti, le Salvador et l'Afrique sont des pays de merde": 
«Le langage était dur mais ce ne sont pas les mots utilisés», écrit Trump dans un tweet publié au lendemain d’une réunion sur l’immigration avec des parlementaires, durant laquelle il à tenu «des propos particulièrement litigieux» au sujet des immigrants menacés par ses projets de réformes, selon plusieurs médias américains.
«Je n'ai jamais rien dit de désobligeant sur les Haïtiens à part que Haïti est manifestement un pays très pauvre et dans une situation très difficile. Je n’ai jamais dit ‘sortez-les’. Inventé par les démocrates».