dimanche 27 mai 2018

L'esprit de mai 68 (4)

La Beauté de Mai


"Karl Marx a déclaré : « la plus grande mesure sociale de la Commune de Paris fut son existence et son action » . On pourrait dire exactement la même chose des événements de Mai 68 où fraternisèrent, durant une période trop brève, les étudiants et les prolétaires animés par la volonté commune de mettre à bas le règne sans partage du Capital." André Chenet




Quelle que soit l’intensité de notre désir de voir rejaillir Mai 68 un beau jour, rien ne sert de nourrir la nostalgie de ce qui est à jamais révolu. L’irréductible singularité de cet événement l’a solidement enraciné dans l’histoire, le transformant du coup en un événement qui ne saurait se répéter. Mais soyons prudents, dire que Mai 68 ne peut resurgir ne signifie pas du tout qu’il ait cessé de résonner fortement au sein de notre temps, ou que ses effets se soient éteints avec le passage des ans.
Incontestablement unique, Mai 68 se réinvente néanmoins dans l’accomplissement de chaque geste de rébellion collective, depuis la jungle Lacandone, jusqu’à la place Taksim, en passant par Notre-Dame-des-Landes ou par les places surpeuplées du 15 M en Espagne, parmi bien d’autres épisodes de révoltes. Mais ne nous précipitons pas, ici non plus, parce que dire que Mai 68 se réinvente de temps en temps ne signifie pas qu’il n’y ait pas des différences notables entre ses diverses réinventions.
C’est de cela que je voudrais parler ici en guise d’hommage au magnifique livre que Jacques Baynac [1] nous a offert et qui est, à n’en pas douter, l’un des meilleurs jamais écrits sur cet événement.
Mai 68 est l’un de ces rares événements historiques qui sont porteurs d’une force magique capable d’éperonner l’imagination, d’attiser des désirs et de nous faire rêver.
Événement totalement inattendu, il causa non seulement une énorme stupéfaction dans le monde entier, mais il laissa également abasourdis ses propres acteurs. Personne n’avait imaginé que quelque chose de semblable pouvait se produire dans cette période de relative prospérité et dans ce pays qui était paisible au point de distiller l’ennui.
De plus, ce qui se passait alors demeurait inimaginable et déconcertant pour nous-mêmes au soir de chaque journée de lutte et dans le mystère entourant chacun des levés de soleil qui saluait la reprise d’un combat continu.
La magie de Mai nous transforma à tel point que jamais nous n’avons pu redevenir les mêmes et son empreinte fut telle que, pour la plupart de ceux qui l’avons vécu, Mai 68 ne s’est jamais tout à fait achevé, comme en témoigne le splendide livre La libreta francesa. Mayo del 68, écrit par une très jeune Emma Cohen [2] qui s’était évadée de l’environnement familial pour s’immerger entièrement dans les turbulences de Mai.
Pour ceux qui l’ont vécu intensément, il nous est impossible d’en parler à partir d’un autre registre émotionnel que celui de la passion. C’est précisément cette passion qui se dégage de chaque ligne du récit que nous offre Jacques Baynac, un récit qui raconte, de l’intérieur et avec une extrême précision, ce qui advint au cours des événements, retrouvant de façon tout à fait réussie, aussi bien l’extraordinaire atmosphère qui fit la singularité de Mai, que la nouveauté des contenus politiques qui l’agitèrent.




Ce fut aussi cela, Mai 68

Par Henri Simon

Ce texte est publié dans le n° 163 de la revue Echanges (printemps 2018).

En mai 1968, j’avais quarante-cinq ans et déjà derrière moi vingt et trois années de militantisme syndical et politique (bien que j’aie toujours renié le titre de militant, refusant le sens classique de ce mot, d’œuvrer ardemment pour une cause politique précise). A la fois, j’étais animateur d’un groupe d’opposition syndicale dans la boîte où je travaillais depuis 1945, et en partie animateur du groupe de travailleurs Informations Correspondances Ouvrières (ICO) (issu du groupe Socialisme ou Barbarie), qui ne rassemblait guère plus d’une vingtaine de travailleurs à Paris. Dès les premiers jours de Mai 68, ICO s’était soudainement gonflé d’un afflux de près d’une centaine de sympathisants, principalement des étudiants et des intellos. Tout ceci est une autre histoire et contrairement à nombre de ceux qui, tous à la retraite, tentent de mettre sur le papier les faits et méfaits de leur jeunesse d’alors, je n’écrirai rien sur ce que fut « mon » Mai-68, sauf les quelques notes qui suivent. Qu’apporterait de plus ce qui ferait un gros livre de mes propres souvenirs évoqués à travers une mémoire défaillante, qu’aucun de ceux qui m’accompagnèrent dans cette galère d’un grand mois ne pourrait corriger car ou ils ont disparu, ou n’en sont plus capables, ou s’en fichent éperdument (et ils ont bien raison) ?

Ce que je voudrais, dans ces quelques lignes, c’est souligner quelques points précis de ce que j’ai vécu alors, pour mettre en évidence que ces événements ne furent pas souvent ce qu’on pouvait leur prêter alors ni ce que, témoignages ou pas, on peut encore leur prêter aujourd’hui, cinquante ans après.

D’abord et avant tout, en tout bien tout honneur, ce sur quoi certains insistent justement, cette libération du rapport et des rapports sociaux. Dans cette boîte d’assurance où je « militais » avec les quelque 3 000 employés, lorsque la grève éclata le 20 mai (un peu tardivement pour suivre le mouvement) avec la mise en place d’un imposant comité de grève (en fait une sorte d’assemblée permanente), une jeune femme de vingt ans vint troubler mon ordinaire (je ne fus sans doute pas le seul touché par ce qui était une petite partie d’une sorte de transcendance des rapport sociaux). Mais pour moi, et pour moi seul, cette démarche consacra la naissance d’une amitié amoureuse, qui faillit déborder dans la sexualité mais finalement n’y versa pas. Ce qui ne changea rien à une relation si intense qu’elle existe encore mais que les vicissitudes de la vie et les distances géographiques ont fait que les rencontres matérielles se sont de plus en plus espacées, ne laissant que cette réalité du cœur. Ce n’était pourtant qu’une petite part immense de cette « libération » que fut pour quelques mois Mai 68 : j’avais déjà connu cela, très brièvement dans de « vrais » mouvements de lutte mais cette fois, c’était à l’échelle du monde et du temps.

Pourtant, il y avait déjà, dès le début, des limites évidentes du mouvement. Et ce sera mon premier souvenir. Dans la foulée de cette réunion d’ICO, où nous avions vu affluer cette masse indéfinissable de plus d’une centaine de sympathisants, nous avons dû organiser une assemblée (ce fut la seule) dans un amphi de Jussieu. Il était plein à ras bords et j’y fus le seul à prendre la parole. Manifestement la plus grande partie des présents attendaient des consignes d’action. Mais ils furent largement déçus. Je leur dis tout simplement qu’ils devaient trouver en eux-mêmes ce qu’ils devaient faire, chercher à y associer d’autres et décider en commun à la fois du choix, des méthodes et des perspectives. Je n’avais à transmettre que ce message et rien d’autre. Je n’employais même pas le mot « autonome » tant il me paraissait superflu. Mais je constatais, avec une certaine amertume, vu la déception évidente pour mon « message », que la « libération » des rapports sociaux n’avait pas modifié beaucoup l’attachement à des règles préétablies, à des consignes en fait à un leader porteur d’un message idéologique d’action suivant une certaine ligne. Ce que mes expériences ultérieures confirmeront.

Le 20 mai , au matin, avant l’embauche, alors que la grève n’avait pas encore commencé, des camarades étudiants du 22-Mars avec lesquels nous étions en contact par le groupe Noir et Rouge (dont Cohn-Bendit était plus ou moins membre), étaient venus distribuer un tract anonyme que quelques-uns d’entre nous, un petit groupe oppositionnel antisyndical, avions rédigé, et dans lequel était préconisées l’occupation totale de la boîte, l’expulsion de tous les dirigeants et la mise de l’entreprise en autogestion. On nous reprocha comme une absurdité l’autogestion d’une boîte d’assurance mais, pour nous, ce n’aurait été qu’une étape dans l’utilisation de cet énorme bâtiment pour en faire tout autre chose que des bureaux. Il serait revenu été à tous les employés d’en décider. Je ne sais pas quel écho cela eut parmi les employés, mais nous sûmes que la direction avait pris cela au sérieux et avait convoqué de toute urgence un conseil d’administration pour envisager les mesures à prendre. Cela se concrétisa par une alliance de fait entre la direction (qui put jouir tout au long de la grève de ses bureaux et circuler librement dans la boîte) et les syndicats qui s’érigèrent en « gardiens de l’outil de travail » pour prévenir toute « action malveillante ». Michael Seidman précise que ses recherches (1) ont montré que les actes de sabotage furent relativement mineurs et très spécifiques. Nous nous en rendîmes compte quand nous avons envisagé des coups : piquer tous les dossiers du bureau du personnel pour les distribuer à chaque employé, saboter l’imposant ordinateur central (ce qui était facile). Mais nous nous aperçûmes que tous les secteurs sensibles étaient bien gardés nuit et jour par des sortes de milices syndicales et que, faute d’un mouvement de masse, toute action de commando était condamnée. D’ailleurs même si les syndicats, la CFDT notamment, mirent sur le tapis la question de l’autogestion, celle-ci n’intéressait que les petits cadres qui n’y voyaient que le moyen d’accroître leur influence sur les décisions. La grande masse des employés s’en fichait éperdument. La plupart s’étaient mis en grève pour suivre le mouvement, sans trop savoir pourquoi. Et commença l’élaboration de revendications où chacun mettait en avant ses problèmes personnels plus qu’une vision générale d’un mouvement, fût-il de réforme. La grève ne visait nullement à des réformes profondes, mais devait améliorer l’ordinaire. Elle ne dépassa pas ce niveau y compris chez Renault où la CGT dominante dut revenir plusieurs fois devant l’assemblée des travailleurs de Billancourt avec des propositions de rémunération un peu plus alléchantes pour justifier la reprise du travail. Ce fut aussi cela, Mai 68, qui ne dépassa pas sauf en de rares endroits isolés, notamment vers la fin à Montbéliard, l’action revendicative traditionnelle. Sans doute, la plupart des votes de reprise montrèrent que près d’un tiers des travailleurs voulaient « autre chose », mais quoi ? car cela ne s’était jamais concrétisé dans des revendications ou des actions plus radicales.

J’allais parfois traîner dans la cour de la Sorbonne occupée où l’on pouvait naviguer partout sans contrainte. En fait sauf une exception. Un jour je rencontrai dans cette cour un camarade britannique animateur du groupe Solidarity, Chris Pallis, et nous nous avisâmes qu’il y avait une seule partie du bâtiment qui restait totalement close : la chapelle qui jouxte la cour et qui est plus qu’une chapelle, car elle contient la dépouille du cardinal de Richelieu, un personnage de l’Histoire de France. A la craie, nous avons écrit en grosses lettres sur la porte de la chapelle cette phrase suivante :

« Peut-on penser librement à l’ombre d’une chapelle ? »

Cette inscription fut attribuée plus tard aux situationnistes, mais elle n’eut aucun effet. Pourtant nous y posions deux questions fondamentales : la présence de la chapelle et du personnage qui y gisait, c’était le symbole de la religion (il était cardinal) et de l’Etat (ministre tout puissant sous Louis XIII et qui avait largement contribué au renforcement du pouvoir d’Etat) et en respectant la chapelle, on respectait tout cela. Après tout, la révolution de 1789 avait bien désacralisé et vandalisé les églises et coupé la tête au roi, l’Espagne républicaine avait fait en partie de même. Ici, en mai 1968, on en était bien loin. Et dire que de l’autre côté de la cour de la Sorbonne, à l’ombre de cette chapelle si symbolique on palabrait sur la liberté, la religion et l’Etat. Tout en paroles, rien en actes, fut-ce cela Mai 68 ?

Le 24 mai, en début de soirée, avec quelques copains d’ICO, nous nous sommes retrouvés sur le parvis de la gare de Lyon dans le départ d’une manifestation monstre convoquée comme alors par le téléphone arabe et qui, vu l’affluence, se scinda en plusieurs morceaux. Celui où nous nous sommes trouvés s’achemina par la Bastille vers la Bourse. Lorsque nous y arrivâmes, un commando, on ne savait trop qui, avait mis le feu aux cabines téléphoniques en bois du hall d’entrée, ce qui faisait une illumination mais ne risquait pas d’enflammer ce monstre de pierre (alors que le sous-sol du bâtiment recelait des tonnes de produits inflammables d’une imprimerie qui auraient pu faire un feu d’artifice boursier spectaculaire, mais nos apprentis pyromanes le savaient-ils ?). Personne n’osait entrer dans le bâtiment. Et différents faits me révélèrent cette indécision et un refus d’engager des actions au-delà de certaines limites invisibles et qui pouvaient se résumer par « Personne n’était là pour faire une révolution ». A côté de moi une jeune femme piqua une crise hystérique à la vue du rougeoiement à l’intérieur du bâtiment, criant à plusieurs reprises « Je ne suis pas venue pour faire ça ». Un peu plus loin une bonne centaine de maos de l’UJCML cherchaient les consignes de leur chef qui, grimpé sur la grille d’enceinte, leur déclara tout de go « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Quelques voix, ailleurs, proposaient d’occuper le bâtiment en permanence, récusées aussitôt par le plus grand nombre : « Impossible, on va s’y faire massacrer. » On peut imaginer pourtant quelle qu’en pouvait être l’issue, ce qu’aurait été l’occupation du Temple de la Finance, peut-être un pôle de résistance enchaînant sur un mouvement plus vaste. Mais la foule refusait manifestement l’affrontement et ne voyait surtout pas une dimension future du mouvement, sinon cette promenade nocturne : l’occupation du Théâtre de l’Odéon n’était porteuse d’aucun risque et d’aucun symbole, ce n’était que du spectacle. Ne fut-ce que cela, Mai 68 ?

La suite confirma ces prémisses. La manif finit par repartir pour atterrir place Vendôme où siégeait le ministère de la Justice, un autre symbole ; ce fut un bis repetita de ce qui s’était passé à la Bourse, sauf qu’il n’y eut même pas le jeu des allumettes. Il paraît que c’est Rocard, du PSU d’alors, qui s’opposa à l’occupation du ministère car il aurait fallu se battre avec les flics qui, on n’en savait pourtant rien, devaient en garnir l’intérieur. Et bredouille d’un résultat quelconque hors de velléités vite calmées, la foule, sans qu’on sache qui la guidait, repartit vers son bercail, le Quartier latin, qui devint une vraie souricière. Lorsque nous longions les Tuileries sur les bords de Seine, j’eus vraiment le sentiment d’une morne troupe de moutons qui partaient résignés silencieusement à l’abattoir. Ce qui fut bien le cas : embossés sur tout le boulevard Saint-Michel fermé solidement par les flics aux deux bouts, inondés de gaz divers, il n’y avait d’autre opportunité que de fuir par les rues latérales où les policiers attendaient pour la chasse à l’homme et à la matraque. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, pour le reste de la nuit, une quinzaine de copains dans la piaule exiguë de mes enfants étudiants rue Monsieur-le-Prince : quand nous en sortîmes prudemment au matin, le boulevard Saint-Michel était bien propre, tout y circulait normalement. Seuls quelques relents des lacrymos matérialisaient le souvenir de cette nuit. A quoi tout cela avait-il servi ? L’inutile quelque peu dangereux, mais bien peu quand même, velléitaire, spectaculaire, la peur de l’affrontement, rien d’autre, était-ce cela Mai  68 ?

On occupait la Sorbonne, les usines et bureaux, les facultés, les lycées, les écoles, l’Odéon… mais pas le reste, mis à part quelques commissariats de quartier, tableau de chasse de quelques groupes isolés cherchant à en découdre, aucun des sièges du pouvoir (mairies, préfectures, etc.), des sièges sociaux des gros trusts, ou des chambres patronales. Même pas, on l’a vu, les bureaux de direction des usines occupées. Un ingénieur qui avait approché ICO en 1958 mais qui s’en était coupé pour aller travailler au syndicat patronal national de l’automobile, nous avait contacté pour nous donner les clés du bâtiment où ce syndicat siégeait, mais ceux du 22-Mars, contactés, ne cherchèrent pas à utiliser ce levier. Etait-ce la crainte d’un affrontement (de Gaulle y pensait, qui fit le voyage à Baden-Baden auprès des troupes françaises cantonnées en Allemagne) qui fit que tout resta de ces occupations sans risques, ou la conscience de l’inégalité des forces ? Ce fut aussi cela, Mai 68, dans des choses essentielles auxquelles l’immense majorité ne pensait pas, laissant les avant-gardes politiques sur la touche… ou bien ces avant-gardes parlaient-elles un langage que pratiquement personne ne comprenait ? ou avançaient-elles des projets qui ne correspondaient pas à l’avenir que la plupart des grévistes pouvaient envisager ? – comme, par exemple, le discours autogestionnaire.
Même dans d’infimes détails on retrouvait ce respect des sièges de la légalité du système. Parmi les 3 000 employés de la boîte d’assurances dont j’ai parlé, personne n’eut la moindre idée que le comité de grève aurait pu siéger illégalement sous les ors de la salle du conseil d’administration où les dirigeants se réunissaient régulièrement, alors que tous les membres de ce comité de grève trouvaient tout à fait normal de se tenir en permanence et en toute légalité dans l’austérité, la nudité de la salle du Comité d’entreprise. Tout un symbole. Ce fut aussi cela, Mai 68, ne pas transgresser hors des clous.

Je ne sais pas si c’est une légende ou si simplement ce fut dû à la grève des hôpitaux, toujours est-il que le bruit a circulé après Mai 68 que dans toute cette période les hôpitaux psychiatriques n’avaient enregistré aucune entrée. Cela s’expliquerait par le fait que tous les psychotiques divers auraient eu la possibilité de se défouler sans contrainte dans la rue et ailleurs. Dans deux cas personnels, j’ai pu constater le pouvoir d’attraction de tels événements pour concrétiser des fantasmes refoulés jusqu’alors. Revenant à Paris en voiture, j’ai pris en stop deux hommes, un jeune et un moins jeune, qui m’ont dit avoir entendu qu’on se battait dans les rues de Paris et qu’ils montaient à la capitale pour en découdre, alors qu’apparemment ils n’avaient aucune motivation directe pour le faire. Et une nuit de ce Mai 68, alors qu’avec un copain nous explorions les actions diverses et dispersées de groupes d’activistes, nous avons croisé quelques jeunes qui nous ont avoué être à la recherche d’un flic isolé pour le déshabiller entièrement et le laisser dans la nuit, nu comme un ver – et de fait il y eut quelques agressions de policiers isolés, avant que leurs chefs leur ordonnent de rester groupés. Ces défoulements individuels furent certainement légion mais il n’est personne pour les conter et les acteurs ont plutôt intérêt à se taire sur leurs exploits. Ce fut aussi cela, Mai 68, cette expansion démesurée d’actes individuels asociaux méconnus.

Je ne sais plus quel jour de mai 1968, je passais, allant je ne sais où, par la cour intérieure du palais du Louvre et j’y ai assisté à un spectacle particulièrement insolite, presque surréaliste. Il s’y déroulait une remise de décorations à des flics dans le plus pur style du cérémonial de circonstance ; Paris n’était pas à feu et à sang mais en plein chaos des occupations, des manifestations, et d’une violence à peine contenue. Mais la machinerie de l’Etat continuait de fonctionner, même dans ses aspects les plus dérisoires. Etait-ce la démonstration de la certitude des dirigeants de toutes sortes que tout n’était qu’un épisode facilement surmontable et que les routines ne devaient pas être interrompues pour si peu ? Cela m’a instillé quelque pessimisme et douché un peu mon enthousiasme. Fut-ce cela aussi, Mai 68, ces dirigeants si sûrs d’eux face à un mouvement qui n’affichait pas réellement de perspectives ?

Mai 68, s’il y eut ceux qui échappèrent à la folie, et l’immense majorité qui vécut ces heures inoubliables, eut aussi ses morts, mais pas à la démesure de mouvements considérés comme « révolutionnaires ». Dans le gouvernement d’alors, une tendance non directement répressive l’emporta contre ceux qui, comme de Gaulle, voulaient « tirer dans le tas ». La tendance conciliatrice pensait justement qu’on pouvait faire confiance aux syndicats pour contrôler le mouvement et l’orienter vers la négociation et la fin progressive du mouvement. Ils savaient aussi que toute action répressive violente pouvait enclencher une réaction encore plus forte des grévistes et autres manifestants et ouvrir ainsi une crise majeure du système lui-même. Après tout, Frachon, le leader de 1936, n’avait-il pas déclaré aux patrons lors des discussions sur les accords Matignon : « Si vous n’aviez pas systématiquement licencié les responsables syndicaux, nous n’en serions pas là. » C’est ce qui fera la différence entre Renault Billancourt, où la CGT régnait en maître et interdisait toute dérive radicale, et l’usine Peugeot de Sochaux, d’importance identique, mais où la réputation de Peugeot dans la chasse aux syndiqués autres que ceux du syndicat maison n’était plus à faire. Effectivement les syndicats n’avaient qu’une présence très réduite dans les usines Peugeot. Ce qui laissa libre champ, pas tant à la base des 25 000 travailleurs de l’usine, qu’à une minorité plus radicale qui n’eut aucun mal, contrairement à ce qui se passait ailleurs, à surenchérir dans l’action, suivie en cela par une partie des travailleurs. Les pressions diverses, les manipulations évidentes d’un vote ultra-minoritaire pour un accord de reprise minimal le 10 juin, firent que ce qui était considéré comme une trahison se traduisit par une réoccupation sauvage et dure de l’usine de Sochaux, le jour même d’une reprise annoncée, et suivie par une part importante des travailleurs (2). Dans cette période de déclin de la grève généralisée, alors que la reprise du travail s’amorçait avec un peu partout une opposition de près du tiers des grévistes, cette action devenait intolérable car elle pouvait faire tout capoter vers des mouvements encore plus radicaux. Et les syndicats impuissants chez Peugeot pouvaient l’être tout autant devant une telle extension possible. La barrière syndicale, celle de la négociation, n’opérant plus, la force était le seul recours. Patronat et gouvernement (et syndicats dans la coulisse) commandèrent l’intervention des CRS qui purent tirer dans le tas pour liquider l’abcès. Ce qui fut fait au prix de deux morts ouvriers dont un par balles et plus de 120 blessés, certains par balles. La région de Montbéliard étant entrée en quelque sort en résistance, en réaction contre cet assaut meurtrier, il ne fallut pas moins de dix jours pour que les interventions politiques et un nouvel accord parviennent à restaurer « le calme » et assurer une reprise du travail. Un accord qui, outre des avantages financiers et une amélioration des conditions de travail non négligeables, instituait l’entrée des syndicats dans l’entreprise dont ils avaient été exclus jusqu’alors, ironie d’un mouvement antisyndical qui leur donnait la légitimité de s’opposer d’une manière ou d’une autre à tout mouvement qu’ils ne contrôlaient pas. Hors de Sochaux, en mai-juin 1968, on n’avait dénombré – officiellement – que trois morts : un jeune de dix-sept ans, Gilles Tautin, qui près de l’usine Renault de Flins s’était noyé le 10 juin en se jetant dans la Seine pour échapper aux CRS, et deux autres, le 24 mai, plutôt controversés autour d’une crise cardiaque : un manifestant à Paris et un commissaire de police à Lyon. Traditionnellement, pour la fête religieuse de la Pentecôte, le lundi est chômé. Habilement, le 31 mai, le gouvernement décida de ravitailler les stations-services à sec depuis le début de la grève (on peut s’interroger sur le rôle des syndicats qui auraient pu alors s’opposer à ce déblocage). Ce qui fit qu’on assista à une ruée hors de Paris de ceux qui, la grève touchant à sa fin, voulaient parachever ces vacances exceptionnelles par une évasion tout autant exceptionnelle. On vit d’énormes embouteillages, mais aussi dans cette sorte de folie on dénombra en trois jours, les 1er, 2 et 3 juin, 117 morts sur les routes des espoirs de quelques moments de vie plus intense. Faut-il les compter parmi les morts de Mai 68 ? Car Mai 68, ce fut aussi cela.


Pour terminer ces bribes de souvenirs ponctuels et l’interprétation que je puis leur donner, je voudrais évoquer la mémoire non pas de ceux qui sont morts depuis Mai 68 mais qui ont pu, avant de passer l’arme à gauche, en parler autour d’eux ou même écrire quelque peu sur ce qu’ils avaient vécu alors –ce que nous avons essayé de faire à ICO jusqu’à fin 1968 (3). Mais évoquer la mémoire de ceux qui se donnèrent la mort dans les années qui suivirent, murés pour une bonne part dans la perte des illusions que Mai 68 avait pu susciter sur des âmes trop sensibles et portées à l’enthousiasme. Bien sûr, dans ces suicides, on trouve aussi des raisons touchant les difficultés de sa propre vie, des problèmes affectifs graves, et, qui peut savoir, d’autres qui obèrent la fragilité d’une sensibilité trop envahissante… Toutes ces raisons qui font partie du quotidien avec plus ou moins d’intensité mais qui, à elles seules, ne conduisent pas à cet acte de courage (certains disent de lâcheté) de supprimer sa vie. Dans la période ascendante d’un mouvement spontané d’une ampleur inégalée comme Mai 68, ces questions « personnelles » passent au second plan, reléguées par cette part d’un sang collectif d’un renouveau qui fait que chacun donne une force au mouvement ascendant et en reçoit en retour la force de surmonter le quotidien. Mais dans la période descendante du mouvement, inévitable puisque finalement il ne savait pas lui-même où il allait vraiment, ces pesants problèmes du quotidien reviennent au grand galop et, goutte d’eau qui fait déborder le vase, la désillusion d’une fin peu glorieuse et de la perte des espoirs rendent intolérable une vie qui ne voit plus qu’un enfermement dans d’infranchissables murs.

J’ai retrouvé, dans ces années post-68, cinq camarades qui se sont suicidés, ce qui fait beaucoup pour le cercle limité d’ICO. Florence Ribon, une jeune et petite femme brune dont je revois le visage et rien d’autre, fut la première du cercle à disparaître en se jetant par une fenêtre. Un autre, Germinal Clemente, qui était coursier au journal Le Monde et dont je n’évoquerai pas les circonstances particulièrement tragiques de sa fin. Les souvenirs des trois autres sont bien plus précis. Michel Marsella était le fils d’un couple anarchiste de Lyon. Etudiant, il avait fait ses premières armes de soixante-huitard à Lyon, mais il était monté à Paris, la capitale de la Révolution, et il rêvait presque d’être révolutionnaire professionnel, se consacrant pour une bonne part à ICO et à d’autres groupes comme VLR, et vivotant de petits boulots. Pour son malheur, il devint éperdument amoureux d’une participante d’ICO, une ambitieuse qui ne se souciait guère de lui et n’était dans l’ultragauche que comme dans la première étape d’une ascension sociale. Le pauvre Michel cumula les désillusions de son amour insatisfait et de la fin de 68, et il en mourut en se jetant lui aussi par la fenêtre, d’un troisième étage. Nicolas Boulte avait été un militant exemplaire du groupe maoïste UJCML, devenu Gauche prolétarienne, et à ce titre avait fait de l’entrisme comme ouvrier chez Renault Billancourt, et participé activement au Comité de Lutte Renault fondé par cette organisation. Les magouilles innombrables dans le maoïsme d’alors, autant que les options politiques imposées d’une manière parfois violente, l’avaient conduit à sortir de cette ornière du maoïsme et à écrire sous un pseudonyme un Bilan du Comité de Lutte Renault (4). Le fait qu’il ait proposé à ICO de publier son texte était une reconnaissance de l’objectivité du groupe et un signe de la confiance qu’il lui accordait. Cela valut à ICO, mais surtout à lui-même, la vindicte de ses anciens camarades, qui le considérèrent comme un traître qu’il fallait éliminer : il subit, outre plusieurs agressions, un harcèlement constant sous toutes ses formes qu’il finit, peut être certaines circonstances personnelles aidant, par ne plus pouvoir supporter au point de se suicider, ne laissant que ce texte dont l’importance avait conditionné sa mort.

J’ai conservé le dernier des cinq pour terminer cette évocation, celui – Christian Lagant – qui fut une relation politique d’abord puis un ami, au plein sens du terme. Nous nous étions connus en 1959 lors de la création des prémisses d’ICO et jusqu’à mon licenciement en 1971 (nos lieux de travail étant proches car il travaillait dans une petite imprimerie comme correcteur, refusant le poste doré de correcteur de presse) nous nous sommes rencontrés chaque jeudi midi dans un petit bistrot derrière la Bibliothèque nationale.

Cela devint d’ailleurs un lieu de rencontre pour les uns et les autres. Sans jamais le dire et sans grandes démonstrations nous nous sentions très proches, discutant de tout. Christian était un homme complet, artiste (peintre autant que caricaturiste), écrivain (poète surréaliste autant que militant politique), tribun, que sais-je encore (on peut retrouver toutes les facettes de sa personnalité en tapant son nom sur un moteur de recherches Internet). Nos rencontres se firent plus épisodiques, encore plus lorsqu’en 1977 j’émigrais à Londres, mais je ne manquais jamais de le rencontrer à chacun de mes brefs voyages à Paris. Le jour de son suicide par barbituriques je revenais sur Paris et nous étions convenus de nous rencontrer. Christian était d’une discrétion légendaire sur sa vie privée bien que parfois il s’en soit un peu ouvert à moi. Quelque temps avant sa décision de passer outre, son père, avec lequel il vivait seul depuis longtemps dans un HLM du XVIIIe arrondissement, était décédé.

Quelle accumulation de déceptions personnelles et politiques a-t-elle pu motiver son geste ? Nul ne le saura, mais il devait aussi être hanté depuis longtemps par la mort pour avoir écrit dans les années 1950 pour le journal du MIAJ (Mouvement Indépendant des Auberges de Jeunesse), dont il était un militant actif, le poème suivant qui peut clore cette incursion chez les oubliés de Mai 68 :


Si je meurs
Ne vous fatiguez pas
Pour moi
L’incinération
Ou le cimetière
Cela me laisse froid

Ne chantez pas de Marseillaise
Ou d’Internationale
Ne cherchez pas de drapeau noir
De drapeau rouge
De drapeau noir et rouge
Ne cherchez pas
Tout ça

Si j’ai un trou
Ne vous « recueillez » pas
Je n’y serai pour personne
Même si vous voulez me voir

Je serai plus loin
Avec les copains
Heureux de les voir rire
Rigolant avec eux
Je serai près du feu
Sous les cheminées traîtresses
Et si je m’y cogne
Les « Jeunes du monde entier »
Ne seront pas ébréchés

Pas de tristesse, amis
Sinon j’irai, la nuit
Vous chatouiller les pieds
Pour vous faire rire

Christian. Lagan 


APRÈS TOUT ?


Ils furent nombreux dans le « milieu » ceux qui pensaient que 1968 portait les prémisses d’un vaste mouvement révolutionnaire mondial, et qui se lancèrent pendant des années à corps perdu dans un activisme forcené pour que leurs espoirs se concrétisent.

A l’occasion, ils traitaient avec mépris – voire de lâches – ceux qui ne partageaient ce messianisme. Ils ne voyaient pas que Mai 68 avait été tout autre chose qu’ils ne pouvaient comprendre, pris dans leurs schémas politiques. Comme nous l’avons montré dans différents épisodes, la grande masse des acteurs ne cherchait nullement à « faire la Révolution ». Il n’est pas du tout sûr que les 30 % qui, en moyenne, avaient refusé les accords d’entreprise pris dans la foulée des accords de Grenelle, pour la reprise du travail, l’aient fait parce qu’ils jugeaient que ce qui était proposé était bien médiocre eu égard à souvent presque un mois de grève. A moins qu’ils n’aient cherché tout simplement à prolonger la fête de ces vacances insolites. Une partie de la contestation porta d’ailleurs sur le paiement des journées de grève.

Bien sûr les questions d’argent et/ou de conditions de travail jouèrent un rôle dans ces débats pour la reprise, le retour au quotidien, à la routine du travail et des soucis de la vie. On avait vécu des vacances exceptionnelles, une sorte de libération totale, des vacances comme on n’en aurait jamais plus. On avait, sans l’avoir vraiment cherché, vécu intensément. On avait, enfin, vécu comme on aurait voulu vivre et c’est cela qui comptait avant tout ; consciemment ou pas, on cherchait à prolonger ce coin de paradis social qu’on venait de vivre, et s’en faire un peu payer, le plus possible au besoin. Quelques jours après la fin de la grève un tout petit film – La Reprise du travail aux usines Wonder – avait montré le cri du cœur d’une ouvrière qui fustigeait avec une violence verbale ­inégalée son refus de retourner dans l’enfer quotidien de son travail. Mais ce cri, qui était celui de toute une classe d’exploités, exprimait aussi, pour tous ceux qui avaient vécu une sorte de paradis temporaire de relations sociales, un certain désespoir de voir qu’il disparaissait peut-être à jamais, ne laissant qu’une nostalgie profonde, un lancinant souvenir d’émotions jusqu’alors inconnues.

Ce cri rejoignait le slogan des émeutiers qui n’en étaient pas vraiment, « Sous les pavés, la plage ». Car c’était bien la plage qu’ils avaient tous vécu, que tout a été fait pour effacer. Les pavés remis à leur place sont aujourd’hui recouverts de l’asphalte grise du quotidien. On pourrait en dire beaucoup mais surtout tenter de situer ces splendides vacances de Mai 68 dans une perspective historique. Ce mouvement qui s’étend sans but bien défini (on ne trouvait rien de mieux que « malaise »), ces marches dans la ville tout autant sans but, négligeant tous les symboles du pouvoir, cet abandon global, malgré quelques vestiges des formes de lutte du passé autour de la conquête armée, cela ne vous dit rien, eu égard à ce qui s’est développé dans la dernière décennie ? Mai 68 : la prémonition de ce que nous voyons aujourd’hui dans le monde, de ce qui apparaît comme une nouvelle forme de lutte internationale globale. Mais surtout pas le modèle que tentent encore aujourd’hui, comme nos matamores de Mai 68, les prétendues avant-gardes autoproclamées, de perpétuer dans l’action directe violente de l’affrontement avec les forces de répression du capital.

Ce fut aussi cela Mai 68, un immense mouvement dont la force se trouva non dans l’extériorité de l’action violente, mais dans le cœur individuel et collectif de la ­recherche de la Vie.

Henri Simon



NOTES:


(1) The Imaginary Revolution. Parisian Students and Workers in 1968, de Michael Seidman, Berghahn Books, 2004. (Voir ici p. 60.)
(2) Voir « Chez Peugeot en juin 1968, une insurrection ouvrière peu connue »), récit de cette grève, dans Echanges n°124 (printemps 2008). Et Les Grèves en France en mai-juin 1968, de Bruno Astarian, Echanges et Mouvement, 2003.
(3) Copies de textes d’ICO disponibles sur demande.
(4) Tentative de bilan du Comité de lutte Renault, de Baruch Zorobabel, ICO, septembre 1972.


Source: lavoie du jaguar






mercredi 23 mai 2018

Au Donbass: une guerre invisible


Ô errant, toi qui pleures les êtres
Qui fréquentent peu leur âme
Et meurent terrassés 
Par un trop-plein d’indifférence !

Errant habillé d’étoiles et de poussière
Quand tout autour de toi meurt sans pudeur ni honte,
Tu espères encore et toujours
Quand il n’y a plus rien à espérer !

Athanase Vantchev de Thracy - Paris, le 19 mai 2018



Après le putsh des néo-nazis de la place Maïden en Ukraine, planifié par les stratèges Us spécialistes des révolutions de couleurs, une guerre d'usure, terrible, et devenue invisible se déroule depuis 4 années aux portes d'une Europe aveuglée par l'allégeance de ses dirigeants à la puissance Otanesque. Une guerre honteuse dont un des buts évidents est de déstabiliser la Russie et de mettre sous le joug la population russophone du Donbass qui oppose une résistance héroïques à une armée fasciste armée, financée et entraînée par l'Occident. Gaël Hadey



Ecolière étudiant chez elle car à Gorlovka
les écoles ont été fermées à cause des bombardements
Photo: Erwan Castel


Les combats dans le Donbass s'intensifient depuis début mai, faisant à nouveau des blessés au quotidien, des morts, détruisant les habitations d'une population qui n'abandonne pas sa terre, qui ne se résigne pas. A nouveau, à Gorlovka, les enfants retournent dans les caves. Une enfance dans une cave. Une enfance volée pour la gloire éphémère des hommes. Une enfance bombardée par une armée fanatisée. Un pays aux mains d'intérêts qui le dépassent. Une enfan t en pleine guerre civile. Une guerre que certains aimeraient exporter.” KarineBechet-Golovko



Le 23 mai 2018

Les opérations militaires ukrainiennes de la nouvelle "Opération des forces conjointes" lancée début mai qui ont enflammé à nouveau la ligne de front du Donbass n'ont pas transgressé le caractère génocidaire des précédentes car une nouvelle fois la population civile du Donbass n'a pas seulement été la victime des bombardements et attaques de Kiev mais aussi sa principale cible.

Ainsi depuis le début du mois de mais ce ne sont pas moins de 20 victimes civiles qui sont tombées dont 5 tués et 3 blessés graves, plus de 100 habitats qui ont été détruits par les ukrainiens, des milliers de foyers privés d'eau et d'électricité, et des milliers de familles à nouveau vivant dans la crainte de cette mort qui rôde à nouveau dans le ciel comme une épée de Damoclès.


La population civile du Donbass qui subit ces bombardements fait preuve depuis ces 4 années de martyr d'un courage exceptionnel ainsi que d'une capacité de résilience inouïe. La plupart ont le choix de partir chez des parents ou des amis vivants dans des zones éloignées du front, ou de chercher un nouveau logement avec l'aide des services sociaux de la République. Mais ces femmes et ces hommes restent par amour et résistance car ils savent que ces tirs délibérés des soudards ukrainiens cherchent à les déloger de leurs habitats pour mieux écraser ensuite leurs villes et leurs villages.

Mieux que de subir avec héroïsme les souffrances de cette guerre à caractère génocidaire les populations civiles du front, et je peux personnellement en témoigner vivant à 500 mètres de l'aéroport de Donetsk, font preuve d'une solidarité permanente vis à vis des voisins et particulièrement des enfants, des personnes âgées isolées, mais aussi des soldats qui sont souvent aidés jusque dans les travaux de renforcement du front où des volontaires viennent les pelles et pioches à la main leur prêter main forte.

Ainsi ces héros désarmés du Donbass s'accrochent à leurs appartement, maison, et jardin, organisant une vie souterraine dans les caves où les bougies éclairant le sourire des icônes veillent sur leur espérance.  
../...
Combien faudra-t-il encore de morts civils et militaires pour que l'opinion internationale ouvre enfin les yeux sur cette guerre abjecte et sournoise qui sévit au cœur de l'Europe se développe et menace la paix du Monde ? 

Car la première victime de cette guerre du Donbass reste la Vérité et il nous appartient à nous, les veilleurs et lanceurs d'alerte qui la semons dans les sillons virtuels du Monde et de tenter de la réanimer pour que la Paix puisse enfin triompher de la guerre...
 

Erwan Castel, volontaire breton au Donbass


Lire l'intégralité de l'article : Les civils encore et toujours ciblés




Dans cette crise ukrainienne l'Union Européenne a servi de miroir aux alouettes pour les ukrainiens et de cheval de Troie pour l'OTAN qui malgré l'échec de sa stratégie en Crimée et le freinage organisé par la rébellion du Donbass, continue étape par étape à organiser l'intégration de l'Ukraine dans l'alliance. Car pour Washington peu lui chaut de la population vivant sur les rives du Dniepr, seul compte la militarisation de son territoire, la normalisation et le contrôle de son armée de chair à canon que l'OTAN veut transformer en bélier contre la Russie.” Erwan Castel


Gorlovka au Nord, Maison bombardée à Zaitsevo, 1 mort 1 blessé
Photo: Erwan Castel



Situation sur le front du Donbass

par Erwan Castel, le 22 mai 2018


La semaine écoulée fut la pire semaine depuis le début de l'année 2018 en termes de bombardements, combats et victimes civiles sur ce front du Donbass que l'opinion publique dite "internationale" persiste à vouloir ignorer.



Plus de 7000 violations du cessez le feu, 6 morts (dont 4 à Gorlovka) et 11 blessés, de nombreuses pertes militaires principalement du coté des assaillants ukrainiens (au minimum 10 tués) sans compter les innombrables destructions occasionnées lors des bombardements (plus de 90 maisons détruites rien que sur Gorlovka)

Cette aggravation brutale de la guerre, qui depuis 4 ans couve dans cette région coincée entre l'Ukraine et la Russie, était prévisible suite à la mise en oeuvre de la "loi de réintégration du Donbass" votée en février à Kiev et qui prévoit de relancer une dynamique offensive sur le front du Donbass en remplaçant le format d'une "Opération spéciale Antiterroriste" enlisée dans les tranchées par une "Opération des forces conjointes".

Depuis le 9 mai des opérations ukrainiennes croissantes ont commencé sur le front de Gorlovka la deuxième ville de la République populaire de Donetsk et une pierre d'angle majeure du front entre Donetsk et Lugansk. 
En Russie on prend très au sérieux cette nouvelle escalade militaire dans le Donbass tant sur le plan militaire ou de nombreux experts accréditent l'hypothèse d'une prochaine offensive de Kiev avant la coupe du Monde de football (15 juin) que sur le plan politique ou les discussions d'urgence sont réalisées antre le Président Poutine et ses "partenaires occidentaux" des accords de Minsk où à la Douma par exemple où le député Yuri Afonin du bloc communiste  a déclaré que devant l'échec des négociations et la menace d'une offensive la Russie devarit reconnaitre les Républiques de Donetsk et Lugansk afin de protéger leurs citoyens   

Depuis le début de ce mois de mai, date du lancement de cette "opération des forces conjointes" l'armée ukrainienne a repris ses campagnes de bombardements et ses reconnaissances offensives. ces nouvelles pressions correspondent :
  1. soit à une première phase d'une offensive majeure destinée à capturer une ville secondaire, un carrefour stratégique, séparer les républiques ou isoler les forces Sud de la République de Donetsk,
  2. soit à poursuivre la stratégie "des petits sauts de crapaud" et faire reculer progressivement la ligne de front républicaine par des attaques mineures ne générant pas de réaction internationale,
  3. soit de déstabiliser définitivement le processus de paix engagé à Minsk et de forcer la communauté internationale à mettre en oeuvre une mission de l'ONU (casques bleus) par laquelle Kiev espère rejouer le scénario du Kosovo.



Personnellement je pense que
Kiev peut tenter de jouer ensemble ces trois options pour reprendre la main dans le dossier du Donbass et surtout consolider par un succès militaire et diplomatique un pouvoir de plus en plus contesté tant sur le plan national que international :





Ainsi on peut imaginer les "forces conjointes" de Kiev dans une première phase mener des pressions offensives mineures (les "sauts de crapaud") pour fixer les forces républicaines loin de leur axe offensif majeur prévu. Ces pressions offensives doivent être faites sur des zones de contact (obtenues suite au précédent grignotage de la zone neutre) proches de points névralgiques (villes, carrefour etc...) obligeant les républicains à renforcer leurs défense. C'est peut-être ce qui se passe en ce moment dans le secteur de Gorlovka où suite aux bombardements et attaques ukrainiennes des unités de réserve de la DNR ont été envoyées en renfort (comme le bataillon blindé "Somali" par exemple)




En effet Gorlovka, non seulement est la deuxième ville en importance de la République Populaire de Donetsk, économiquement un centre principal de production métallurgique et chimique, mais surtout la clef de voûte de la ligne de front entre Donetsk et Lugansk. Les républicains ne peuvent se permettre de voir tomber ce secteur qui supporte la continuité et la force cohésive des leurs armées. Même s'il y a peu de risque que Kiev s'aventure dans des combats urbains suicidaires au cœur de cette immense cité minière, les républicains ne peuvent laisser son armée grignoter sa périphérie dans laquelle circulent des axes logistiques vitaux comme Debalcevo (à l'Est de la ville), ce carrefour routier et ferroviaire majeur à la charnière des 2 républiques.  



Puis Kiev se lancerait dans un coup de force mesuré pas trop meurtrier pour ne pas provoquer une réaction militaire de Moscou car ses parrains occidentaux ne sont pas encore prêts pour une guerre directe avec une Russie dont ils veulent d'abord continuer l'asphyxie économique et la confrontation sur le théâtre levantin. Mais ce coup de force doit cependant "bouger les lignes" de la diplomatie internationale par une envenimation du front provoquant l'abandon définitif du processus de paix de Minsk 2. Pour ce faire il faudrait pour Kiev réussir à prendre une ville secondaire ou un carrefour stratégique pour relancer une dynamique au niveau de la communauté européenne lâchement accrochée à l'épave des accords de Minsk 2.

Enfin, par cet urgence de stabiliser à nouveau ce front qui menace l'Europe entière, les USA et Kiev tenteraient d'amorcer le scénario "casques bleus" en les déployant prioritairement dans la zone conquise par Kiev, ce qui permettrait de verrouiller  le gain de terrain et éviter un nouveau chaudron. Washington compte ensuite étendre une normalisation progressive et pro occidentale du Donbass, donnant à Kiev la possibilité d'y organiser sous couvert d'une pacification internationale un "nettoyage ethnique" du type de celui de la république serbe de la Krajina. Mais Moscou qui a flairé la perversité de la proposition occidentale, mais tout en acceptant le principe d'une mission de l'ONU, demande qu'aucun membre de l'OTAN y participe, espérant par là garantir la neutralité de cette force d'interposition.

Deux autres paramètres extra militaires sont à prendre en compte pour expliquer aussi cette aggravation croissante du front : 
  1. Le sabotage espéré par les occidentaux du Mondial de football 2018 (15 juin) en Russie pourrait trouver un prétexte dans une aggravation de la situation militaire dans le Donbass où la Russie serait accusée d'intervenir.
  2. Les élections présidentielles ukrainiennes 2019 (31 mars) pour lesquelles l'impopulaire Porochenko aurait besoin avant la course, de créditer sa candidature avec une victoire même partielle sur le front du Donbass 
On voit bien, dans ce scénario que confirment les propos de différents responsables ukrainiens comme par exemple ceux du Ministre ukrainien de l'intérieur Avakov, qu'il y a encore beaucoup d'inconnues et notamment celle de la capacité militaire des Républiques à contrer les opérations militaires ukrainiennes et étouffer dans l’œuf cette stratégie offensive indirecte de l'OTAN et surtout celle de la réaction russe qui ne peut se permettre de voir se réaliser une seule étape de ce processus de réintégration du Donbass qui provoquerait une militarisation atlantiste accélérée de cette région limitrophe et surtout une vive contestation de palais par une majorité qui refuse d'abandonner la population russe du Donbass.

Donc, soit l' "Opération des forces conjointes" va connaitre un enlisement comparable à celui de feu l' "Opération Spéciale Antiterroriste", soit la guerre éclate à nouveau parce que Kiev a décidé de jouer seul sa destinée ou que Washington qui perd en Syrie cherche à ouvrir un second front en Europe. 

La question est de savoir si des occidentaux sont prêts à mourir pour Donetsk et Lugansk. Pour ce qui est des russes ils ont déjà donné leur réponse depuis 4 ans avec les milliers de volontaires venus rejoindre les rangs des milices du Donbass. 

Erwan Castel





Source: Donbass!



lundi 21 mai 2018

Nicolas Maduro le Victorieux


Il était le favori à sa propre succession, Nicolas Maduro a été réélu président de la République bolivarienne du Venezuela avec 67,7% des voix. Fortement critiqué en Occident, le scrutin était également rejeté par une partie de l'opposition.
Le 20 mai 2018 se tenait l'élection présidentielle vénézuélienne. Réélu haut la main, Nicolas Maduro a remporté 67,7% des suffrages, se plaçant largement en tête devant son principal opposant, Henri Falcón, qui obtient quant à lui 21,2% des voix. Le scrutin s'est déroulé alors qu'une partie de l'opposition avait appelé au boycott. L'élection a de fait été marquée par un fort taux d'abstention – environ 52%, le plus important depuis 1958. Selon le décompte officiel, le président sortant a donc obtenu 5 823 728 suffrages sur 8 603 936 de votes.


Cette élection présidentielle est la preuve que le Venezuela est une démocratie qui fonctionne normalement, même si les médias occidentaux s'échinent à présenter ce pays comme un régime autoritaire. Il en ressort logiquement une image caricaturale de la révolution bolivarienne, bien éloignée de la réalité. Depuis l'arrivée d'Hugo Chavez au pouvoir, il y a eu près de 20 processus électoraux dans le pays.
Le problème du Venezuela n'est pas Nicolas Maduro. Le problème est que ce pays subit le joug d'une opposition putschiste et antidémocratique qui refuse systématiquement le suffrage populaire dès lors qu'il lui est défavorable. Le peuple vénézuélien mérite une opposition digne de ce nom car une opposition constructive et respectueuse de la volonté du peuple est nécessaire à la vie politique.
Nicolas Maduro dispose de la légitimité suprême que lui ont conférée ses concitoyens en l'élisant président de la République. Seuls Washington et ses alliés, dont l'Union européenne, s'opposent à la volonté du peuple vénézuélien et aux règles démocratiques. On peut exprimer un désaccord avec la politique menée par le gouvernement, mais en aucun cas lui nier sa légitimité démocratique.
On ne peut pas pointer du doigt le système électoral vénézuélien quand il est défavorable à l'opposition et l'applaudir quand cette même opposition obtient la majorité à l'Assemblée nationale ou remporte des municipalités ou des Etats.
Les sanctions internationales sont illégitimes et inefficaces. Depuis plus d'un demi-siècle, Washington impose des mesures de rétorsion économique iniques à Cuba qui affectent les catégories les plus vulnérables de la population et constituent le principal obstacle au développement du pays. Il en est de même pour le Venezuela. Il est regrettable que l'Union européenne, au lieu d'adopter une position indépendante et constructive vis-à-vis du Venezuela, s'aligne sur la politique étrangère des Etats-Unis. Si l'Union européenne est une puissance économique indéniable, elle reste un nain politique incapable de s'affranchir de l'influence étasunienne.
Les alliés de Washington s'alignent sur la politique de leur maître et considèrent que ces élections sont illégitimes. Les autres nations du continent respectent la décision souveraine du peuple vénézuélien et l'indépendance du pays en ne s'immisçant pas dans ses affaires internes.
Salim Lamrani


«Si l'empire ou les gouvernements d'extrême droite d'(Amérique latine) souhaitent un jour parler dans un contexte de paix et de respect, je suis toujours ouvert au dialogue ... Je m'adresse ici à l'empire : comprenez que le Venezuela est la garantie d'une stabilité sociale et politique dans la région [d'Amérique latine]. C'est un péché d'essayer de déstabiliser le Venezuela !»
Nicolas Maduro, Président de la République du Vénézuéla



Venezuela : Nicolas Maduro est réélu Président de la République avec 68 % des voix


Par  Thierry Deronne, le 21 mai 2018


Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera l'avait annoncé il y a quelques jours : "Le peuple du Venezuela détient aujourd'hui, de nouveau, la clef de l'avenir de l'Amérique Latine. Exactement comme il y a deux siècles, comme à l'époque de Simon Bolivar, son rôle historique est de protéger notre continent face à un empire et d'empêcher celui-ci de balayer les autres foyers de résistance". Après quatre ans de guerre économique, la tâche était difficile, à l'image du peuple indigène d'Autana, dans l'État d'Amazonas, faisant la file sous la bruine pour traverser le fleuve Orénoque et rejoindre les bureaux de vote.

La campagne de la droite consistait, à travers le secteur privé majoritaire dans l'économie, à augmenter les prix au-delà de tout ce qu'on avait connu jusqu'ici et à promouvoir le boycott du scrutin, allant jusqu'à paralyser le transport dans la région de la capitale, le jour de l'élection. Une droite sous forte influence externe, en osmose avec les annonces anticipées de l'Union Européenne et de la Maison Blanche de refuser le verdict des urnes. Dans sa conférence de presse tenue peu avant l'annonce des résultats, le candidat le mieux placé de l'opposition Henri Falcon a soudain refusé de reconnaître la légitimité du scrutin et a exigé d'en organiser un autre, tout en critiquant les secteurs radicaux de la droite: "aujourd'hui il est clair que cet appel à l'abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela".

Avec 92.6% des votes comptés, le Centre National Électoral a donné les premiers résultats officiels, irréversibles. La participation totale s'élève à 46 %, soit 8 millions 360 mille votes. De ceux-ci, 5 millions 823 mille se sont portés sur le candidat Nicolas Maduro qui remporte la présidentielle avec près de 68 % des suffrages. De son côté, l'opposant Henry Falcón a obtenu 1.820.552 votes soit 21 %, l'évangéliste Javier Bertucci 925.042 votes (11 %) et Reinaldo Quijada, 34.614 votes. La Constitution vénézuélienne, dans son article 228 stipule : « sera proclamé vainqueur le candidat ou la candidate ayant obtenu la majorité des votes valides » : quel que soit le niveau de la participation, c'est la majorité simple qui détermine la victoire.

Force est de constater que le "noyau dur" du chavisme, qui a toujours oscillé entre 5 et 6 millions de votes, est resté intact et que l'abstention concerne essentiellement l'opposition. La pression de la guerre économique et des sanctions euro-américaines s'est heurtée à une fibre historique de résistance populaire et a même réveillé toute une organisation de base - notamment autour de la distribution et de la production d'aliments, en alliance concrète avec les mesures et les programme sociaux de Nicolas Maduro.

Liesse à Caracas le 20 mai 2018. Nicolas Maduro salue ses partisans rassemblés autour du palais présidentiel de Miraflores peu après l'annonce de sa victoire par le Centre National Électoral.
Après 26 jours de campagne officielle qui ont vu quatre candidats exposer des propositions antagoniques dans les médias, le Centre National Electoral cne.gob.ve avait installé 14.638 bureaux de vote sur l'ensemble du territoire. Étaient présents près de 2000 observateurs internationaux, venus notamment des nations caraïbes réunies au sein du CARICOM, de l'Union Africaine, et du CEELA, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains. 17 audits du système électoral avaient été organisés.

Composé en majorité de présidents des tribunaux nationaux électoraux de pays gouvernés par la droite, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains a expliqué par la voix de son président Nicanor Moscoso : "Nous avons eu des réunions avec chacun des candidats qui ont accepté les résultats des inspections et des contrôles. Nous sommes en présence d'un processus transparent, harmonieux." Luis Emilio Rondón, Recteur du Centre National Électoral et membre de l'opposition, avait estimé publiquement que le scrutin offrait les mêmes garanties de transparence que celles des élections de 2015, remportées par la droite avec deux millions de voix d'avance.

L'ex-président de l'Équateur Rafael Correa, présent lui aussi en tant qu'observateur, a rappelé que "les élections vénézuéliennes se sont déroulées avec une absolue normalité. J'ai assisté au vote dans quatre centres : flux permanent de citoyen, peu de temps d'attente pour effectuer le vote. Système très moderne avec double contrôle. De ce que j'ai vu, organisation impeccable. Personne ne peut mettre en doute les élections du Venezuela et sur la planète entière, il n'existe pas d'élections plus contrôlées qu'au Venezuela."

Autre observateur, l'ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait déclaré vendredi que la position des Etats-Unis et de l'Union Européenne de « désapprouver » les élections présidentielles au Venezuela avant qu'elles n'aient lieu était une « absurdité ». Il a reconnu éprouver « une certaine colère à cause de ce qui est en jeu. C'est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu'elles n'aient lieu. C'est une marque d'irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d'éléments de jugement me fait peur ».

Zapatero s'est interrogé sur les préjugés de l'Union Européenne envers le Venezuela : « Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec le Venezuela ? Ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas facile à expliquer. (..) Je crois que l'Union Européenne doit redevenir une puissance régionale qui donne la priorité au dialogue et à la paix. Je crois que l'Amérique Latine attend de l'Union Européenne qu'elle parie sur le dialogue ». Zapatero a pris comme exemple Cuba : « Après tout ce que nous avons entendu sur Cuba, maintenant, il y a un changement total de situation, il est très facile de discuter avec Cuba. L'attitude envers le Venezuela reste un grand mystère. Celui qui dit avant de l'avoir vécu que les conditions ne sont pas réunies pour des élections au Venezuela soit est un devin soit a des préjugés. Si le gouvernement bolivarien voulait frauder, il n'aurait pas invité le monde entier à observer les élections. Or, mise à part l'Organisation des Etats Américains (OEA), on a invité le monde entier à vivre le processus électoral. L'Union Européenne, l'ONU, n'ont pas d'experts pour vérifier un processus électoral ? Bien sûr qu'elles en ont, mais nous sommes enfermés dans un grand préjugé, dans des dogmes et cela conduit au fanatisme et au désastre. » Il a souligné, pour conclure, qu'il faut « venir sur le terrain. La vie et l'expérience politique consistent à bannir les préjugés et à connaître la vérité par soi-même. »
Thierry Deronne, Caracas, le 21 mai 2018


Source : Venezuela Infos

samedi 19 mai 2018

Israël ou la honte de l''Occident


Au moment même où des habitants de Gaza tombaient, tués par des tirs de snipers [sionistes], la fille de Donald Trump et son mari, Jared Kushner, accompagné par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inauguraient l'ambassade américaine à Jérusalem. Douleur pour les uns et gloire pour les autres, le même jour et à seulement environ 80 kilomètres de distance.” Lluís Bassets


Manifestation de jeunes palestiniens: "Soldats, nous sommes des êtres humains"


Déjà en 1956 Arifal-Arif, journaliste anticolonialiste palestinien et maire de Jérusalem-Est, écrivait :

« Comment puis-je l'appeler autrement que Nakba ? Car nous avons subi une catastrophe, nous, les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier (...) on nous a volé notre patrie et nous avons été expulsés de nos maisons, et nous avons perdu un grand nombre de nos enfants et de nos proches et en plus de tout cela, notre dignité a été touchée au cœur. »



Monstrueux. Effrayant. Diabolique. C'est étrange comment les mots manquent pour décrire ce qui se passe au Moyen-Orient aujourd'hui. Soixante Palestiniens morts. En une seule journée. Deux mille quatre cents blessés, dont plus de la moitié par des tirs à balle réelles. En une seule journée. C'est scandaleux, immoral, n'importe quelle armée du monde aurait honte d'avoir fait une chose pareille...
Et nous devons continuer à croire que l'armée israélienne est une armée dont les armes sont « pures » ? En tout cas, nous devons nous poser la question suivante : ils ont tué 60 Palestiniens en une journée cette semaine, et s'ils en tuaient 600 la semaine prochaine ? Ou 6 000 le mois prochain ? Les consternantes justifications d'Israël - et la réaction brutale de l'Amérique - soulèvent cette question. Si nous pouvons maintenant accepter sans broncher un massacre de cette ampleur, qu'est-ce que notre système immunitaire va nous permettre d'accepter dans les jours, les semaines et les mois à venir ? Robert Fisk



Le sionisme avait promis de résoudre le problème juif. Il prétendait de faire en sorte que les juifs de la Diaspora, par un «retour au pays» (l’alya), soient aimés, pleins d’empathie, attachés à la terre; bref, qu’ils deviennent « des gens semblables à tous les autres ».
Les scènes atroces qui ne cessent de nous parvenir aujourd’hui depuis Gaza nous montrent que le sionisme a lamentablement échoué. L’État juif est une flétrissure sur le projet humaniste dont il est issu, et sur l’humanité en généralGilad Atzmon


Gaza : Amira Hass dénonce la propagande mensongère de son pays

La journaliste israélienne Amira Hass, denonce dans Haaretz le "mépris" des Israéliens qui affirment que c'est le Hamas qui envoie les Gazaouis se faire tuer, "comme si le blocus qui leur est imposé par Israel ne les condamnait pas à une mort lente."


"Nous mourons de toutes façons, alors autant le faire devant des caméras", m'ont dit mes amis de Gaza, en ajoutant "Votre mépris vous empêche de comprendre que personne à Gaza ne manifeste au nom de qui que ce soit.

Soulignant amèrement qu'Israel interdit aux journalistes israéliens de se rendre dans la bande de Gaza, Amira Hass, en conclut qu'il est facile ensuite pour les dirigeants israéliens de raconter n'importe quoi. "Mais je demande à ces mêmes dirigeants, s'ils sont si sûrs que c'est le Hamas qui mène la danse et que les Gazaouis ne font que lui obéir, pourquoi obéissent-ils eux aussi au Hamas, en répondant par la violence à la non-violence, donnant ainsi d'israel l'image que le Hamas voulait, selon eux, montrer ?"

"Il y a une barrière intérieure, ainsi qu'une barrière de sécurité, de même qu'un fossé creusé par Israel pour la construction d'une nouvelle barrière souterraine. Et puis il y a une route de sécurité et plus loin une deuxième. Et après, il y a les champs. Et tout autour des postes de surveillance, des ballons d'observations et des drones. Et vous n'avez rien trouvé de mieux à faire que de prouver la capacité d'Israel à tuer et à mutiler".

"D'une colline voisine située à Nir Am, j'ai pu observer avec mes jumelles cette grande prison où j'ai vécu plusieurs années, et dont je ne peux plus m'approcher parce que l'emprisonnement est devenu total. je ne peux voir mes amis qui sont à moins de 2km de là. L'un d'eux m'a dit en riant sur WhatsApp qu'il allait venir me faire un coucou avec un grand drapeau palestinien."

Mais plus sérieusement mes amis me font part de leur indignation face au fait qu'on leur vole non seulement leur liberté de mouvement et leur droit à une vie digne, mais aussi la possibilité d'exprimer leur profonde frustration et désespoir, en les présentant comme des pantins uniquement capables d'obéir à des ordres donnés d'enhaut".

"Les Israéliens nous ont toujours méprisés. Pour eux 'un bon arabe est un arabe mort ou un collaborateur', comme Ils disent. Nous sommes allés manifester sans plan pour déranger les célébration du transfert de l'ambassade étatsunienne à Jérusalem, une ville qui nous est chère, et parce que nous ne voulons pas mourir en silence. Nous en avons assez de mourir tranquillement dans nos maisons".

"Et je peux vous dire que si le Hamas avait supervisé ces manifestations à Gaza, elles auraient été moins chaotiques. Il y aurait eu de la discipline. L'état de confusion qui règne dans les Marches du Retour sont bien la preuve que ce n'est pas le Hamas qui les organise, même si des membres du Hamas y participent également, et y jouent le plus souvent un rôle modérateur".

"Ce sont des jeunes qui ont lancé cette idée et le Hamas, n'a pu que s'y rallier". Et sur les près de 120 Palestiniens qui ont été tués durant ces marches, le Hamas ne revendique qu'une quarantaine ayant des liens plus ou moins proches avec le Hamas.

"Mais, c'est toujours la même rengaine israélienne, y compris lors de chacun des bombardements, conclut Amira Hass.

(Traduit par CAPJPO-EuroPalestine)
Extraits de "Conversations avec des Gazaouis" dans Haaretz.com

Source: europalestine.com



L'Honneur perdu de la France

"Une clique de politiciens tarés, d'affairistes sans honneur" 

Charles de Gaulle



La présidence syrienne a annoncé jeudi (le 5/04/2018) avoir rendu la Légion d'honneur attribuée par la France en 2001 au président Bachar el-Assad qui ne portera pas une décoration remise par "l'esclave" des Etats-Unis.
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Washington, Paris et Londres ont effectué samedi à l'aube des frappes contre des sites présentés comme liés au programme d'armement chimique syrien en représailles à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, qui était alors le dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale, près de Damas.
Le régime syrien dément toute implication dans l'attaque chimique présumée.
"Il n'est point d'honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave (...) des Etats-Unis qui soutient les terroristes", indique encore la présidence.
Le président syrien avait été fait grand-croix (le plus haut grade) de la Légion d'honneur par le président Jacques Chirac en 2001, peu après avoir succédé à son père Hafez el-Assad à la tête du pays. AFP








Lettre ouverte de Jean-Yves Jezequel
A Monsieur le Ministre Jean-Yves Le Drian et à tous les autres complices des Gouvernements français, depuis Sarkozy jusqu’à Macron inclus !

Le citoyen Français Lambda, que je suis, voudrait s’arrêter un instant sur le bilan désastreux de la politique étrangère de la France menée depuis Sarkozy jusqu’à Macron inclus. En ce qui concerne la politique intérieure, elle a déjà produit un champ de ruines et chacun peut voir s’amonceler les décombres du pays sinistré, avec une dette délirante frisant les 2300 milliards d’euros, impossible à éponger, même avec n’importe quel régime « d’austérité » infligé par les flibustiers du capitalisme parasitaire financier!

Témoins de ce désastre politique exceptionnel qui n’en finit plus, que peuvent constater, en toute objectivité, les citoyens sidérés de ce pays, faisant preuve de clairvoyance et d’une conscience encore en alerte, concernant le spectacle minable et pitoyable de la politique étrangère de la France ?!

1 –  QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN LIBYE ?

Lors d’un entretien accordé à Mediapart, Rony Brauman est revenu sur l’intervention militaire de 2011 en Libye. Il évoquait très clairement les 3 affirmations qui ont permis, réellement, objectivement, de justifier l’entrée en guerre pour des raisons « humanitaires » : le bombardement de Tripoli ; la colonne de chars à l’assaut de Benghazi ; les charniers de Benghazi et Tripoli. Tout cela était parfaitement faux, mensonger, « fake news », manipulation du Pouvoir, crapulerie criminelle, comme vous le savez et rien de tout cela n’existait, mais a permis de gaver à loisir les cerveaux des occidentaux, maintenus dans une arriération mentale ou devenus débiles, notamment les Français, manipulés par le chef d’état-major BHL, dictant ses conseils de guerre à Sarkozy, pour justifier la destruction de la Libye et le martyre parfaitement arbitraire et odieux de Kadhafi et de son peuple!

Aujourd’hui, le spectacle délabré d’une Libye martyre, divisée, anéantie, ruinée, aux mains des terroristes djihadistes appuyés par l’Occident, s’offre à nous ! La France a été avec ses alliés occidentaux, la cheville ouvrière, les artisans appliqués, les auteurs authentiques de ce désastre sans nom!

Les Etats-Unis et la France, comme le prouvent les courriels de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, s’étaient mis d’accord pour bloquer le plan de Kadhafi qui voulait créer une monnaie africaine, alternative au dollar et au franc CFA imposé par la France à 14 ex colonies africaines. Kadhafi était impardonnable : il osait se comporter en libérateur des peuples africains du néo-colonialisme occidental, pilleur, voleur, tortionnaire et destructeur des pays du Sud! Pourtant, Monsieur Le Drian et Compagnie, n’hésitent pas à réciter, encore aujourd’hui, leur catéchisme exalté d’une France des « Droits de l’Homme »! Le Ministre Le Drian est absolument convaincu d’être dans la « vérité et la justice », puisqu’il poursuit cette même politique honteuse en Syrie.

Une fois l’Etat Libyen démoli et Kadhafi martyrisé puis odieusement assassiné, le butin à partager en Libye était énorme, à savoir : les réserves pétrolières (les plus grandes d’Afrique) ; celles de gaz naturel; l’immense nappe phréatique nubienne d’eau fossile, un or blanc plus précieux que l’or noir; le territoire même de la Libye, de première importance géostratégique; les fonds souverains, environ 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’Etat libyen, “gelés” en 2011 par mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, manipulé par les USA tout-puissants, imposant la pluie ou le beau temps sur les lois internationales…
Sur les 16 milliards d’euros de fonds libyens, bloqués à la « Euroclear Bank » en Belgique, 10 ont déjà disparu, sans aucune autorisation de prélèvement. Le même pillage a été opéré sur des avoirs libyens dans les autres banques européennes et étasuniennes. Ce banditisme de grand chemin est ouvertement pratiqué par les « amis et alliés de la France », les Etats-Unis d’Amérique. C’est un fait que nul ne peut contester, sauf s’il est résolument malhonnête.
En Libye les recettes fiscales de l’export énergétique, sont passées de 47 milliards de dollars en 2010 à 14 en 2017 ! Ces recettes se trouvent partagées aujourd’hui entre groupes de pouvoir et multinationales occidentales; le dinar, qui auparavant valait 3 dollars, est aujourd’hui changé à un taux de 9 dinars par dollar, tandis que les biens de consommation courante doivent être importés en les payant en dollars, avec une inflation annuelle consécutive de 30%. Cela aussi est un fait objectif que nul ne peut contester, sauf s’il est résolument malhonnête.

Le niveau de vie de la majeure partie de la population s’est écroulé, par manque d’argent et à cause de la désorganisation des services essentiels. Il n’existe plus de sécurité en Libye ni de réel système judiciaire. Quant aux immigrés africains, injustement et faussement accusés par les médias officiels occidentaux, d’être des “mercenaires de Kadhafi”, ils ont été emprisonnés par les milices de terroristes islamistes, soutenues et armées par la coalition occidentale, jusque dans des cages de zoo, torturés, brûlés vifs, violés et assassinés ou vendus comme esclaves enchaînés après un martyre innommable ! Tout cela grâce à l’Occident dont la France en tête avec son grand conseiller « philosophe » de pacotille, le criminel impénitent BHL justifiant ces horreurs par un discours « va-t-en guerre » se voulant « humanitaire »… Cela est aussi un fait incontestable et la réalité objective incontestable, dans l’actuelle Libye, sauf pour celui ou celle qui est résolument malhonnête.

De même, sont aussi persécutés les Libyens accusés d’avoir soutenu Kadhafi. Dans la ville de Tawergha les milices des terroristes islamistes de Misrata soutenues par l’Otan (celles qui ont martyrisé et assassiné Kadhafi) ont pratiqué un génocide, une véritable purification ethnique, en exterminant, torturant et violant ces populations libyennes. A la suite de ces horreurs, devenues possibles grâce aux Occidentaux dont la France en tête, les survivants, terrorisés, ont dû abandonner la ville pour se fondre dans une population livrée à la tyrannie. Aujourd’hui ils sont environ 40 000 à vivre dans des conditions inhumaines, ne pouvant pas retourner à Tawergha. Tout cela relève des faits incontestables et qui mettent en accusation, pour « crimes contre l’humanité », les responsables occidentaux dont ceux de la France de Sarkozy et suivants qui continuent de bêler en chœur ce discours injurieux pour la conscience humaine et d’une insanité mentale ayant dépassée toute limite supportable !

Conclusion : Monsieur Le Drian et Cie, dans quelle catégorie de personnes faut-il vous classer ? Dans les innocents, naïfs, débiles débonnaires croyant de « bonne foi » à la fable d’un loup déguisé en brebis, ou dans les pervers et les salauds parfaitement informés et pratiquant le crime contre l’humanité pour des « raisons d’Etat » supérieures à tous les « Droits de l’Homme » et justifié par les intérêts sine qua non de l’économisme marchand?

A vous de choisir !

2 – QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE AU YÉMEN ?

En consultant le rapport parlementaire de 2017 sur les exportations d’armement de la France, on découvre que l’Arabie Saoudite était entre 2007 et 2016 le « second client des fabricants d’armes français ». Les armes vendues par Paris à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, servant aux campagnes de bombardements au Yémen, étaient utilisées en réalité contre les populations civiles démunies de ce pays.

Or, la vente de ces armes violent le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) et la réglementation européenne en la matière (position commune européenne de 2008). Ces deux textes interdisent les transferts de matériel militaire dans plusieurs cas : notamment quand il existe des risques de violations graves du droit international humanitaire, ou des risques de déstabilisation régionale.  C’est parfaitement le cas.

Pour contourner la loi, les motifs donnés par un Etat Français ordurier sont simples : soit le « respect des droits de l’homme », « la stabilité régionale » ou la nécessité de soutenir la « lutte contre le terrorisme » ! Bref, le discours bidon classique d’un Pouvoir crapuleux qui n’a que faire d’un idéal républicain depuis longtemps rangé au musée de l’histoire et encore moins de la volonté du peuple Français depuis longtemps trahi et pouvant aller au marcher de la Bastille s’acheter des quenelles…

L’important c’est le négoce ! Or, la vente de l’armement est rentable, permettant à la France de satisfaire l’équilibre de la balance des paiements et les contrebandiers de la Finance internationale qui réclame des sacrifices sanglants pour apaiser sa colère et son avidité insatiable.

Personne n’a jamais entendu une protestation de la part de celle qu’on nomme régulièrement « la communauté internationale », c’est-à-dire l’Etat profond nord- américain, l’UE ou les pays de la « coalition de Doha », lorsqu’il s’agit des bombardements saoudiens au Yémen, pour les condamner fermement en menaçant d’intervenir pour mettre fin à ce massacre abominable ayant très largement dépassé toutes les « lignes rouge » du tolérable, l’Arabie Saoudite ayant déjà utilisé les armes au phosphore blanc contre la population civile démunie. Mais le Yémen n’est pas un pays « aligné » et soumis à la prédominance occidentale. Il est même un allié de l’Iran. De ce fait, on peut le martyriser sans scrupule… D’après l’Unicef, un enfant meurt toutes les dix minutes au Yémen, de faim, de soif, du choléra, mais aussi sous les bombes de la coalition conduite depuis 2015 par l’Arabie Saoudite. Onze millions de petits Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Mais peu importe !
C’est le silence absolu, un silence de mort ; aucun cri de colère, ni de protestation, ni de menaces de la part de Nikki Haley, habituée pourtant à ses crises d’hystérie dans l’enceinte de l’ONU. Le silence est total du côté de Theresa May comme du côté de son complice Macron, concernant le Yémen, saigné de manière honteuse avec l’armement français et brutalement martyrisé sans la moindre levée de bouclier de la part des médias occidentaux étrangement sourds, aveugles et muets sur ce scandale, véritable abomination de crimes contre l’humanité!De plus, ce sont les corvettes de fabrication française qui assurent un cruel blocus du Yémen, affamant la population qui crève de faim et des multiples conséquences de la famine. Lorsque ces navires ont été en maintenance, en mars 2016, ce sont des bâtiments de la marine de guerre française qui ont directement, selon la Lettre de l’Océan indien, assuré la continuité de ce blocus criminel participant directement au massacre des enfants Yéménites en toute impunité. Les lois internationales sont foulées par la France et ses complices dans le crime. Pourquoi les militaires ne font-ils pas preuve de désobéissance civique, lorsque l’Etat mafieux leur demande de commettre ces crimes contre l’humanité? Qu’attendent-ils pour faire respecter scrupuleusement la Constitution française lorsque des ordures au pouvoir se permettent de la violer à ce point? Ce sont là des faits incontestables et la réalité objective incontestable, concernant le Yémen, sauf pour celui ou celle qui est résolument malhonnête!

Conclusion :Monsieur Le Drian et Cie, dans quelle catégorie de personnes faut-il vous classer ? Dans les innocents, naïfs, débiles débonnaires croyant de « bonne foi » à la fable du loup déguisé en brebis, ou dans les pervers et les salauds parfaitement informés et pratiquant le crime contre l’humanité pour des « raisons d’Etat » supérieures à tous les « Droits de l’Homme » et justifié par les intérêts sine qua non de l’économisme marchand?

A vous de choisir !

3 – QUEL BILAN CONCERNANT LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN SYRIE ?
Tout allait sérieusement commencer en Syrie par la tentative de déstabilisation via la technique du « printemps arabe », en 2011.

Mais face à l’échec de cette tentative, l’Occident développerait et étendrait la guerre par proxy : des mercenaires « djihadistes » allaient opérer en Syrie au nom d’une coalition occidentale dont la charte serait écrite à Doha, le 11 novembre 2012. Pour consulter l’acte de naissance détaillé de cette création occidentale de Daech, on pourra consulter les sources abondantes et la description précise de la création de ISIS, EIIL, DAECH dans l’ouvrage de l’auteur (Cf., « Le djihad et le management de la terreur », Jean-Yves Jézéquel, Vérone éditions, 2017, pages 211 à 224 et 244 à 261)
Pour consulter le détail du contenu de la Charte de la « coalition de Doha », on pourra consulter les livres de Jean-Loup Izambert, « 56 – Tome 1 et 2: L’État français complice de groupes criminels, septembre 2015.

Puis, l’Etat légitime de la République laïque de Syrie, face à l’invasion des hordes de terroristes djihadistes aux ordres de la « coalition de Doha » et armées, ravitaillées, payées, encadrées, appuyées par elle, a fait appel à la Russie, à l’Iran et au Hezbollah libanais pour venir à son aide.

Dès l’intervention des alliés de la Syrie, en particulier celle de la Russie, les mercenaires employés de la « coalition de Doha » ont rapidement été défaits et la guerre par proxy a changé de nature. Face à l’échec et à la destruction rapide de DAECH, La « coalition de Doha » allait s’engager directement elle-même en Syrie, en ouvrant plusieurs fronts et en installant plusieurs guerres sur le sol syrien : Les Turcs se battraient contre les Kurdes dans le Nord-Est de la Syrie favorisant ainsi la partition de la Syrie; les Israéliens se battraient contre les Iraniens présents en Syrie et contre le Hezbollah libanais, son ennemi héréditaire; les USA, l’Angleterre et la France bombarderaient sans mandat de l’ONU et de loin, Bachar El-Assad accusé arbitrairement et ponctuellement d’utiliser des armes de destruction massive « chimiques », pour reprendre le schéma ayant si bien fonctionné en Irak et en Libye notamment; quant à ce qui reste des terroristes de DAECH, ils seraient recyclés par les pays membres de la « coalition de Doha » pour servir dans leurs armées combattant à la fois les Kurdes marxistes et l’armée Syrienne faite de conscrits.

Maintenant nous en sommes là : la Russie est fortement présente aux côtés de l’Etat légitime syrien à sa demande. Ce qui va fatalement devenir l’étape suivante, sera une confrontation directe de la « coalition de Doha » avec la Russie et ses alliés : l’armée syrienne, les troupes d’élites iraniennes, celles du Hezbollah, la Chine présente en Méditerranée… Autrement dit : l’échelon suivant a déjà été annoncé par les USA qui ont décidé d’utiliser les armes nucléaires adaptées à la guerre conventionnelle! Si ce degré est franchi, nous sommes à la veille d’une troisième guerre mondiale qui obligera les Russes à utiliser leur potentiel nucléaire de dissuasion et donc d’apocalypse.

Nous reviendrons dans un autre article sur le sujet spécifique des « attaques chimiques » en Syrie.

Disons, pour le moment, que les « attaques chimiques » existantes ou inexistantes, comme dernièrement celle de Douma, n’ont qu’un seul but : celui d’être une provocation mise en scène pour un objectif cynique et parfaitement criminel consistant à abattre arbitrairement Bachar El Assad, de la même manière que la coalition occidentale l’avait fait avec Saddam Hussein et Kadhafi…

Toute la mesure de la détestable pratique de l’Occident concernant les nations insoumises, apparaît dans ce rapport étasunien qui dit : « Nous voulons maintenir la pression sur la Russie, même si cette pression ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime syrien comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à savoir, dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles innocentes civiles ». Il est choquant d’entendre cet aveu et de constater à quel point le mensonge est délibéré, pensé, conçu dans des officines spécialisées qui consacrent leur énergie à concevoir le Mal pour le Mal !

Monsieur Le Drian et Cie, après avoir entendu tout cela, allez-vous encore continuer à radoter que la France est en Syrie pour « combattre le terrorisme » et pour châtier le « Gouvernement syrien qui utilise les armes chimiques contre son peuple » ?
Plus personne en France ne peut vous écouter ni vous prendre au sérieux, parce que vous n’êtes pas honnêtes et les Français ont horreur qu’on les prenne pour des idiots !
Jean-Yves Jezequel